Page:Boccace - Décaméron.djvu/403

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elle commença à dire : « — Racle ici, racle là ; racle de ce côté ; vois, il est resté là un peu de saleté. — » Et pendant qu’elle se tenait dans cette posture, et qu’elle donnait ces indications à son mari, Giannello, qui ce matin-là n’avait pas entièrement fourni son office au moment où le mari était revenu, voyant qu’il ne pouvait se contenter comme il aurait voulu, résolut de faire comme il pourrait. S’étant approché de la jeune femme qui fermait totalement l’ouverture du cuvier, il satisfit son juvénile désir à la façon dont les chevaux emportés et échauffés d’amour saillissent les cavales dans les vastes champs de Parthe. Et quasi en un même temps, l’affaire fut menée à bonne fin et le cuvier raclé ; sur quoi le galant s’étant éloigné, la Peronella retira sa tête du cuvier et le mari sortit. Alors Peronella dit à Giannello : « — Prends cette lumière, brave homme, et vois s’il est nettoyé à ton idée. — » Giannello, ayant regardé dedans, dit que cela allait bien et qu’il était satisfait ; et, ayant donné les sept sequins, il fit porter le cuvier chez lui. — »



NOUVELLE III


Frère Renauld couche avec sa commère. Le mari le trouve dans la chambre de celle-ci, et tous deux lui font croire qu’ils conjuraient les vers de son petit enfant.


Philostrate ne sut point parler des cavales de Parthe à mots si couverts, que les malignes dames n’en rissent, tout en faisant semblant de rire d’autre chose. Mais quand le roi eut reconnu que sa nouvelle était achevée, il ordonna à Elisa de conter à son tour. Celle-ci, toute prête à obéir, commença : « — Plaisantes dames, la façon de conjurer les fantômes, dont a parlé Emilia, m’a fait revenir en la mémoire une nouvelle à propos d’une autre façon de les exorciser. Bien que cette manière ne vaille pas la précédente, je vous la raconterai cependant, pour ce que présentement il ne m’en revient point d’autre concernant notre sujet.

« Il faut que vous sachiez qu’à Sienne fut jadis un jeune garçon très beau et de famille honorable, nommé Renauld. Il aimait souverainement une sienne voisine, fort belle dame et femme d’un homme riche, et vivait dans l’espoir que, s’il pouvait trouver un moyen de lui parler sans qu’on le sût, il obtiendrait d’elle tout ce qu’il désirait. Mais n’en voyant aucun, et la dame étant grosse, il songea à devenir