Page:Boccace - Décaméron.djvu/419

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la dame manda à Leonetto de venir la rejoindre, ce que le jeune homme, fort joyeux, fit incontinent. De son côté, messer Lambertuccio, apprenant que le mari de la dame était absent, monta à cheval et, sans être accompagné de personne, alla frapper à la porte de la belle. La servante de la dame l’ayant aperçu, alla sur le champ trouver sa maîtresse qui était dans sa chambre avec Leonetto, et l’ayant appelée elle lui dit : « — Madame, messer Lambertuccio est en bas tout seul. — » Ce qu’entendant la dame, elle fut la plus ennuyée femme qui fût au monde ; mais comme elle le craignait beaucoup, elle pria Leonetto de consentir à se cacher un moment derrière les courtines du lit, jusqu’à ce que messer Lambertuccio s’en fût allé. Leonetto, qui n’avait pas moins peur de lui que la dame, s’y cacha, et elle ordonna à la servante d’aller ouvrir à messer Lambertuccio. Celui-ci, une fois la porte ouverte, entra dans la cour, descendit de cheval qu’il attacha à un gond, et monta vers la dame, laquelle faisant bon visage, vint au devant de lui jusque sur l’escalier, le reçut aussi joyeusement qu’elle put et lui demanda ce qu’il venait faire. Le chevalier l’ayant accolée et baisée, dit : « — Mon âme, j’ai appris que votre mari n’était point ici et je suis venu rester quelque peu avec vous. — » Sur ces paroles, ils entrèrent dans la chambre, s’y enfermèrent, et messer Lambertuccio se mit à prendre plaisir d’elle.

« Pendant qu’il était ainsi avec la dame, il advint que le mari de celle-ci, contre toute attente, s’en revint à la maison Dès que la servante le vit, elle courut en toute hâte à la chambre de la dame et dit : « — Madame, voici messer qui revient ; je crois qu’il est déjà dans la cour. — » La dame, voyant cela, se rappela qu’elle avait deux hommes chez elle et comprenant qu’elle ne pouvait pas cacher le chevalier à cause de son cheval qui était dans la cour, elle se tint pour morte. Néanmoins, sautant vivement en bas du lit, elle prit sur le champ son parti et dit à messer Lambertuccio : — « Si vous me voulez quelque bien, et si vous voulez me sauver la vie, vous ferez ce que je vais vous dire. Vous allez prendre en main votre couteau tiré de sa gaîne, et l’air furieux et courroucé vous allez descendre l’escalier, et vous vous en irez en disant : Je jure Dieu que je le trouverai ailleurs ! et si mon mari veut vous retenir et vous demander quelque chose, vous ne répondrez rien autre que ce que je vous ai dit, vous monterez à cheval, et ne resterez avec lui pour aucune raison. — » Messer Lambertuccio dit : « — Volontiers. — » Et ayant tiré son couteau, le visage enflammé autant parla fatigue qu’il venait de se donner que par dépit du retour du mari, il fit comme la dame lui avait ordonné.