Page:Boccace - Décaméron.djvu/447

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HUITIÈME JOURNÉE




La septième journée du Décaméron finie, commence la huitième, dans laquelle sous le gouvernement de Lauretta, on devise des tromperies que chaque jour les femmes font aux hommes, de celles que les hommes font aux dames, ou de celles que les hommes se font entre eux.


Déjà, au sommet des plus hautes montagnes, apparaissaient, le dimanche matin, les rayons de la lumière naissante, et l’obscurité ayant complètement disparu, on discernait distinctement chaque chose, quand la reine s’étant levée ainsi que sa compagnie, ils s’en allèrent tout d’abord sur la colline, par les herbes pleines de rosée ; puis, vers la troisième heure, ils entrèrent dans une petite église voisine, où ils entendirent l’office divin. Revenus à la maison, ils mangèrent en liesse et en joie, chantèrent et dansèrent quelque peu, puis ayant eu congé de leur reine, ceux qui voulurent aller se reposer le purent. Mais quand le soleil eut passé le cercle du méridien, ils allèrent tous s’asseoir, selon qu’il plut à leur reine, auprès de la belle fontaine pour y conter des nouvelles comme d’habitude ; là sur le commandement de la reine, Néiphile commença ainsi :



NOUVELLE I


Gulfardo obtient de la femme de Guasparruolo de coucher avec elle moyennant une somme d’argent. Il emprunte la somme au mari et la donne à la dame. Puis, en présence de cette dernière, il dit à Guasparruolo qu’il a rendu l’argent prêté à sa femme et celle-ci est obligée de dire que c’est vrai.


« — Puisque Dieu a ainsi disposé que je doive commencer la présente journée par ma nouvelle, j’en suis contente. Et pour ce, amoureuses dames, comme il a été jusqu’ici beaucoup parlé des tromperies faites aux hommes par les femmes, il me plaît de vous en conter une faite à une femme par un homme ; non que j’entende blâmer dans cette nou-