Page:Boccace - Décaméron.djvu/446

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Cette canzone fit penser à toute la compagnie qu’un nouvel et plaisant amour étreignait Philomène, et pour ce que les paroles semblaient dire qu’elle avait joui d’autre chose que de la simple vue de son amant, on la tint pour plus heureuse, et il y en eut qui lui portèrent envie. Mais quand la canzone fut finie, la reine se souvenant que le lendemain était un vendredi, dit gracieusement à tout le monde : « — Vous savez, nobles dames, et vous aussi, jeunes gens, que c’est demain le jour consacré à la passion de Notre Seigneur, et que, si je me souviens bien, nous l’avons dévotement célébrée, pendant que Neiphile était reine, en suspendant les joyeux récits, de même que pour le samedi suivant. Pour quoi, voulant suivre le bon exemple que nous a donné Neiphile, j’estime que c’est chose honnête que demain et après-demain, ainsi que nous avons fait précédemment, nous nous abstenions du plaisir de conter des nouvelles, et nous remettions en mémoire ce qui arriva autrefois en de pareils jours, pour le salut de nos âmes. — » La pieuse proposition de leur reine plut à tous, et après qu’elle leur eut donné congé, une bonne partie de la nuit étant déjà passée, ils allèrent se reposer.