Page:Boccace - Décaméron.djvu/503

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ne le quittaient pas. Cependant, quand le moment parut venu au maître, il adressa sa demande à Buffamalcco comme il l’avait déjà fait à Bruno. De quoi Buffamalcco se montra fort courroucé et fit de grands reproches à Bruno, disant : « — J’en jure le grand Dieu de Pasignano, je me tiens à peine de te donner un tel coup de poing sur la tête que le nez te tombe dans les talons, traître que tu es, car ce n’est pas un autre que toi qui as dévoilé ces choses-là au maître. — » Mais ce dernier l’excusait fort, disant et jurant qu’il l’avait su d’autre part ; enfin, il finit par l’apaiser. Buffamalcco s’étant retourné vers le maître dit : « — Mon maître, on voit bien que vous avez été à Bologne, et que vous avez apporté la bouche close jusqu’en cette ville ; je dis plus : vous n’avez pas appris l’A B C sur une pomme, comme bon nombre d’imbéciles veulent faire, mais vous l’avez appris sur un melon qui est si long ; et si je ne me trompe, vous avez été baptisé un dimanche. Et bien que Bruno m’ait dit que vous avez étudié là-bas la médecine, il me paraît à moi que vous avez appris à prendre les hommes ; ce que, avec votre esprit et vos belles paroles, vous savez faire mieux qu’homme que j’aie jamais vu. — »

« Le médecin lui coupant la parole, se tourna vers Bruno et dit : « — Quelle chose c’est que de causer avec des savants et de les fréquenter ! Qui aurait aussi vite saisi toutes les particularités de mon esprit, comme l’a fait ce galant homme ? Tu ne t’es pas aperçu, toi, de ce que je valais, aussi vite que lui ; mais au moins, ce que je t’ai dit quand tu me disais que Buffamalcco se plaisait avec les savants hommes, te semble-t-il que je l’aie fait ? — Bruno dit : — Encore mieux. — » Alors le maître dit à Buffamalcco : « — Tu aurais bien dit autre chose si tu m’avais vu à Bologne, où il n’y avait personne, grand ni petit, docteur ou écolier, qui ne me voulût le meilleur bien du monde, tant je savais les captiver tous par mes raisonnements et mon esprit. Et je te dirai plus : Je n’y disais jamais un mot qui ne fît rire tout le monde, si fort je leur plaisais ; et quand j’en partis, ils firent tous entendre les plus grandes lamentations du monde, et tous voulaient que je restasse ; et la chose en vint à ce point que pour me faire rester, ils voulaient que je fusse chargé d’enseigner la médecine aux écoliers qui s’y trouvaient ; mais je ne voulus point, étant résolu de venir ici où j’ai de gros héritages qui ont toujours été à ceux de ma maison, ce que je fis. — »

« Bruno dit alors à Buffamalcco : « — Que t’en semble ? Tu ne me croyais pas quand je te le disais. Par ma foi, il n’y a pas en cette ville médecin qui se connaisse à l’urine