Page:Boccace - Décaméron.djvu/525

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avaient fait, comme il apparaissait bien, ce qu’elle leur avait imposé.

« Rinuccio, pestant et maudissant son aventure, ne s’en retourna point pour cela chez lui, mais les familiers ayant quitté la rue, il revint à l’endroit où il avait jeté Alessandro, et se mit à le chercher à tâtons pour le retrouver, afin d’achever son entreprise ; mais ne le retrouvant pas, et pensant que les familiers l’avaient emporté, il s’en retourna fort mécontent chez lui. Quant à Alessandro, ne sachant que faire, et sans avoir reconnu celui qui l’avait emporté, tout dolent de l’aventure il s’en retourna également chez lui.

« Le lendemain matin, le tombeau de Scannadio ayant été trouvé tout ouvert et Scannadio n’y ayant point été vu, pour ce que Alessandro l’avait jeté tout au fond de la fosse, tout Pistoja en fit une foule de gorges chaudes, les sots estimant que le diable l’avait emporté. Néanmoins, chacun des deux amants, ayant fait savoir à la dame ce qu’il avait fait et ce qui était intervenu, et s’excusant là-dessus de n’avoir pu lui obéir complètement, lui réclama ses faveurs et son amour. Mais celle-ci refusant de les croire, leur fit répondre sèchement qu’elle ne ferait jamais rien pour eux, puisqu’ils n’avaient pas fait ce qu’elle leur avait demandé ; et ainsi elle s’en débarrassa. — »



NOUVELLE II


Une abbesse se lève en toute hâte et dans l’obscurité, pour aller surprendre au lit une de ses nonnes qu’on lui avait dit être couchée avec son amant. Étant elle-même couchée avec un prêtre, elle croit mettre sur sa tête son voile appelé psautier, et y met les culottes du prêtre ; ce que voyant la nonne accusée, elle l’en fait apercevoir, est absoute et peut tout à son aise rester avec son amant.


Déjà Philomène se taisait et l’adresse de la dame à se débarrasser de ceux qu’elle ne voulait pas aimer avait été approuvée par tous, tandis qu’au contraire l’audacieuse présomption des deux amants avait été taxée de folie plutôt que d’amour, quand la reine dit gracieusement à Elisa : « — Continue, Elisa. — » Celle-ci commença aussitôt : « — Très chères dames, madame Francesca sut très habilement, comme il a été dit, se débarrasser de ceux qui l’ennuyaient ; mais une jeune nonnain, la fortune lui aidant, se tira par une parole adroite d’un péril imminent. Et, comme