Page:Boccace - Décaméron.djvu/530

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tait l’urine, et eut vite informé maître Simon du fait. Pour quoi, la servante étant arrivée, et le maître ayant examiné l’urine, il dit à la servante : « — Va, et dis à Calandrino de se tenir bien chaud, que je vais venir incontinent le voir et que je lui dirai ce qu’il a et ce qu’il aura à faire. — » La jeune servante rapporta la réponse telle quelle, et peu après arrivèrent le maître avec Bruno. Le médecin, s’étant assis auprès de lui, commença par lui tâter le pouls, et au bout d’un instant, sa femme étant présente, il dit : « — Vois-tu Calandrino, à te parler en ami, tu n’as pas d’autre mal que d’être en mal d’enfant. — »

« À peine Calandrino l’eut-il entendu, qu’il se mit à crier douloureusement et à dire : « — Hélas, Tessa, que m’as-tu fait en ne voulant pas te tenir autrement que dessus ? Je te le disais bien ! — » La dame, qui était une fort honnête personne, entendant son mari parler de la sorte, devint toute rouge de honte, et baissant le front, sortit de la chambre sans répondre. Calandrino, continuant à se plaindre, disait : « — Hélas ! c’est fait de moi ! Comment accoucherai-je de cet enfant ? Par où sortira-t-il ? je vois bien que je suis mort par la rage de ma femme ; que Dieu la rende aussi triste que je voudrais être joyeux ! Ah ! si j’étais aussi bien portant que je suis malade, je me lèverais et je lui donnerais une telle raclée que je la briserais toute, quoique cela soit bien fait pour moi, car je ne devais pas la laisser mettre sur moi ; mais pour sûr, si j’échappe de cette fois, elle pourra bien mourir d’envie avant que je la laisse monter dessus. — »

« Bruno, Buffamalcco et Nello avaient si grande envie de rire en entendant les paroles de Calandrino, qu’ils étouffaient ; mais cependant ils se retenaient ; quant à maître Scimmione, il riait si fort qu’on aurait pu lui arracher toutes les dents. Enfin, à la longue, Calandrino se recommandant au médecin, et le priant en cette circonstance de lui donner aide et conseil, le maître lui dit : « — Calandrino, je ne veux pas que tu te tourmentes, car, grâce à Dieu, nous nous sommes assez tôt aperçus de la chose pour t’en délivrer avec peu de peine et en peu de jours ; mais il faudra dépenser quelque argent. — » Calandrino dit : « — Ah ! mon cher maître, oui, pour l’amour de Dieu ; j’ai là deux cents livres avec lesquelles je voulais acheter un domaine ; s’il les faut toutes, prenez-les toutes, pourvu que je n’aie point à accoucher, car je ne sais comment je ferais. J’ai entendu les femmes faire une si grande rumeur quand elles sont pour accoucher, bien qu’elles aient passage assez large pour ce faire, que je crois, si j’avais à supporter une pareille souffrance, que je mourrais avant d’accoucher. — » Le médecin dit : « — Ne pense pas à cela. Je te ferai faire