Page:Boccace - Décaméron.djvu/540

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fais-tu cela ? Par la croix de Dieu, cela ne se passera pas ainsi sans que je ne te le fasse payer. — » Et, ayant pris son manteau, et emmenant avec elle une petite servante, elle alla au château avec Nello, plus vite qu’il n’était besoin.

« Dès que Bruno la vit venir de loin, il dit à Filippo : « — Voici notre ami. — » Pour quoi, Filippo étant allé là où Calandrino et les autres travaillaient, dit : » — Maîtres, il faut que j’aille tout de suite à Florence ; travaillez à force. — » Et feignant de partir, il alla se cacher dans un endroit d’où, sans être vu, il pouvait voir tout ce que ferait Calandrino.

« Celui-ci, dès qu’il pensa que Filippo était assez loin, descendit dans la cour où il trouva la Niccolosa seule, et entra en conversation avec elle. La dame, qui savait ce qu’elle avait à faire, l’accueillit avec un peu plus de familiarité que d’habitude. Sur quoi Calandrino la toucha avec son parchemin, et dès qu’il l’eut touchée, sans plus rien dire, se dirigea vers la grange où la Niccolosa le suivit. Quand ils y furent entrés, après avoir fermé la porte, elle embrassa Calandrino, le renversa à terre sur la paille qui se trouvait là, se mit à cheval sur lui et lui tenant les mains sur les épaules sans le laisser approcher de son visage, elle se mit à le regarder comme un grand objet de convoitise, disant : « — Ô mon doux Calandrino, cœur de mon corps, mon âme, mon bien, ma paix, depuis combien de temps ai-je désiré de t’avoir et de te pouvoir tenir à mon souhait ! Tu m’as, par ta gentillesse, tiré tout le fil de la chemise, tu m’as chatouillé le cœur avec ton rebec ; est-il bien possible que je te tienne ? » — Calandrino, pouvant à peine remuer, disait : « — Eh ! ma douce âme, laisse-moi te baiser. — » La Niccolosa disait : « — Oh ! tu as grande hâte ; laisse-moi d’abord te voir tout mon saoul ; laisse-moi me rassasier les yeux de ton doux visage. — »

« Bruno et Buffamalcco étaient allés rejoindre Filippo, et tous les trois voyaient et entendaient tout. Or Calandrino en était au moment de vouloir baiser la Niccolosa à toute force, quand arriva Nello avec Monna Tessa. En arrivant, Nello dit : « — Je parie qu’ils sont ensemble. — » Quand ils furent à la porte de la grange, la dame qui enrageait, la poussant avec les mains, l’ouvrit toute grande, et étant entrée, vit la Niccolosa à cheval sur Calandrino. Niccolosa, en voyant la dame, se leva soudain, s’enfuit, et s’en alla là où était Filippo. Monna Tessa sauta, les ongles en l’air, au visage de Calandrino qui n’avait pas encore eu le temps de se lever, le lui égratigna du haut en bas, puis, le prenant par les cheveux, et le traînant deçà delà, elle se mit à dire : « — Failli chien, voilà donc ce que tu me fais ? Vieil imbécile ! maudit soit le bien que je t’ai voulu ; donc, tu ne