Page:Boccace - Décaméron.djvu/541

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crois pas avoir assez à faire chez toi, que tu vas t’amouracher par ailleurs ? Voilà un bel amoureux ! Ne te connais-tu donc point, malheureux ? Ne te connais-tu point, sot que tu es ? En te pressant tout entier, il ne sortirait pas assez de jus pour faire une sauce. Par Dieu, ce n’était pas la Tessa qui t’engrossait tout à l’heure ; que Dieu la punisse quelle qu’elle soit, car pour sûr elle doit être peu de chose pour avoir désir d’un aussi beau bijou que toi ! — »

« En voyant arriver sa femme, Calandrino n’était resté ni mort ni vif ; il n’eut pas le courage de faire la moindre défense ; mais tout égratigné, tout pelé, tout battu qu’il était, il ramassa son chapeau et se leva, se bornant à prier humblement sa femme de ne pas crier, si elle ne voulait qu’il fût haché en pièces, pour ce que celle avec qui il était, était la femme du maître de la maison. La dame dit : « — Soit ! que Dieu lui donne la male an. — » Bruno et Buffamalcco qui, en compagnie de Filippo et de la Niccolosa, avaient ri tout leur saoul de cette scène, feignant d’accourir au bruit, arrivèrent sur les lieux, et après avoir eu beaucoup de peine à apaiser la dame, ils conseillèrent à Calandrino de s’en aller à Florence et de ne plus revenir au château, de peur que Filippo, s’il venait à savoir quelque chose de tout cela, ne lui fît un mauvais parti. Ainsi donc, Calandrino triste et battu, tout égratigné et les cheveux arrachés, s’en revint à Florence n’osant plus retourner là-haut et mit fin à ses amours, tourmenté et molesté jour et nuit par les reproches de sa femme, après avoir donné beaucoup à rire à ses compagnons ainsi qu’à la Niccolosa et à Filippo. — »



NOUVELLE VI


Deux jeunes gens logent chez un hôtelier. L’un couche avec sa fille, l’autre avec sa femme. Celui qui avait couché avec la fille, couche ensuite dans le même lit que le père auquel il raconte tout, croyant le dire à son compagnon. Une dispute s’ensuit. La femme de l’hôtelier, étant allée dans le lit de la fille, arrange tout avec certaines paroles.


Calandrino qui avait déjà fait rire bien des fois la compagnie, la fit encore rire cette fois. Quand les dames eurent assez devisé de ses faits et gestes, la reine ordonna à Pamphile de parler ; celui-ci dit : « — Louables dames, le nom de la Niccolosa aimée de Calandrino, m’a remis en mémoire une nouvelle touchant une autre Niccolosa, et qu’il me plaît de vous conter, pour ce que vous y verrez comment la su-