Page:Boccace - Décaméron.djvu/545

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dit sa femme et ce que disait Adriano, commença à croire très bien que Pinuccio rêvait ; pour quoi, le prenant par les épaules, il se mit à le secouer, à l’appeler en disant : « — Pinuccio, réveille-toi ; retourne dans ton lit. — » Pinuccio ayant entendu ce qui s’était dit de part et d’autre, se mit, comme un homme qui rêve, à recommencer d’autres divagations, de quoi l’hôtelier fit les plus grandes risées du monde. À la fin pourtant, se sentant de plus en plus secouer, Pinuccio fit semblant de se réveiller, et appelant Adriano, dit : « — Est-ce qu’il est déjà jour, que tu m’appelles ? — » Adriano dit : « — Oui, viens ici. — » Pinuccio dissimulant toujours et feignant d’être tout endormi, finit par quitter l’hôtelier et retourna dans le lit d’Adriano. Le jour venu, ils se levèrent tous et l’hôtelier ne manqua pas de rire et de se moquer de Pinuccio et de ses rêves. Tout en plaisantant, d’un mot à un autre, les deux jeunes gens ayant apprêté leurs roussins, mis leurs valises dessus et bu avec l’hôtelier, remontèrent à cheval et s’en revinrent à Florence, non moins contents de la façon dont l’aventure s’était passée que de l’effet qui s’en était suivi. Par la suite, ayant pris d’autres mesures, Pinuccio se retrouva avec la Niccolosa qui avait affirmé à sa mère que leur hôte avait rêvé. Pour quoi, la bonne dame, se souvenant des embrassements d’Adriano, soutenait qu’elle seule avait veillé. — »



NOUVELLE VII



NOUVELLE VII


Talano di Molese rêve qu’un loup déchire la gorge et le visage de sa femme ; il lui dit d’y prendre garde ; elle n’en fait rien, et la chose lui arrive.


La nouvelle de Pamphile étant finie, et la prévoyance de la dame ayant été louée de tous, la reine dit à Pampinea de dire la sienne, et celle-ci commença : « — Il a déjà été parlé entre nous, plaisantes dames, de la vérité évidente des songes, dont beaucoup se moquent ; mais quoi qu’il ait été dit là-dessus, je ne m’abstiendrai pas de vous narrer, dans une petite nouvelle fort brève, ce qui advint à une mienne voisine, il n’y a pas longtemps, pour n’avoir pas cru à un songe que son mari avait eu à son sujet.

« Je ne sais si vous connaissez Talano di Molese, homme fort honorable. Il avait pris pour femme une jeune fille nommée Margarita, belle entre toutes mais bizarre, déplaisante, et si acariâtre, qu’elle ne voulait jamais écouter l’avis des autres, et que les autres ne pouvaient rien faire à son goût. Bien que cela lui fût dur, Talano, ne pouvant faire autre-