Page:Boccace - Décaméron.djvu/551

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seulement une grave réprimande, mais un dur châtiment. J’ai été amenée à ces considérations, bien que je les aie eues d’autres fois, par ce que Pampinea a raconté au sujet de la méchante femme de Talano à laquelle Dieu envoya le châtiment que son mari n’avait pas su lui donner, et dans mon jugement j’estime, comme j’ai déjà dit, dignes d’un rude et rigoureux châtiment toutes celles qui ne sont point complaisantes, douces et soumises, comme la nature, l’usage et les lois le veulent. Pour quoi, il m’agrée de vous raconter un conseil donné par Salomon, comme étant un utile remède pour guérir celles qui sont affectées d’une semblable maladie. Ce conseil, celles qui ne méritent point qu’on leur applique un tel remède ne doivent point penser qu’il a été dit pour elles, bien que les hommes usent du proverbe suivant : à bon ou mauvais cheval, il faut de l’éperon ; à bonne ou mauvaise femme, il faut du bâton. À qui voudrait interpréter plaisamment ces paroles, vous accorderiez bien toutes qu’elles sont vraies ; mais si on voulait les prendre au sérieux, je dis qu’on ne devrait pas l’accorder. Les femmes sont généralement toutes fragiles et complaisantes, et pour ce, pour corriger celles qui se laissent aller trop au delà des bornes qui leur sont imposées, il faut que le bâton les châtie ; d’un autre côté, pour que la vertu des autres ne se laisse point abattre, il faut que le bâton les soutienne et leur fasse peur. Mais laissons les sermons de côté pour le moment, et venons à ce que j’ai à vous dire. Je dis que :

« La très haute renommée du miraculeux sens de Salomon étant jadis répandue quasi partout l’univers, ainsi que la libéralité avec laquelle il en donnait des preuves à qui les lui demandait, une foule de gens accouraient vers lui de toutes les parties du monde pour leurs affaires les plus embrouillées et les plus ardues. Parmi ceux qui y allèrent, un jeune homme nommé Melisso, noble et fort riche, s’en vint de la cité de Lajazzo où il était né et où il habitait. Comme il chevauchait vers Jérusalem, il advint qu’en sortant d’Antioche, il fit route pendant quelque temps en compagnie d’un autre jeune homme, appelé Joseph, qui suivait le même chemin que lui, et avec lequel, suivant la coutume des voyageurs, il se mit à entrer en conversation. Melisso, après avoir appris de Joseph quelle était sa condition et d’où il était, lui demanda où il allait et le motif de son voyage ; à quoi Joseph dit qu’il allait trouver Salomon pour avoir conseil de lui sur la façon dont il devait s’y prendre avec sa femme, plus que toute autre acariâtre et méchante, et dont ni par prières, ni par caresses, ni d’aucune autre façon il ne pouvait corriger le mauvais caractère. Après cette confidence, Joseph demanda à son tour à Melisso d’où il était, où il allait et pour quelle cause il voyageait ; à quoi Melisso