Page:Boccace - Décaméron.djvu/593

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« La réponse de la jeune fille plut beaucoup à la reine et elle lui parut aussi sage que le roi l’avait dit. Le roi fit appeler le père et la mère de la jeune fille, et, s’étant assuré qu’ils consentaient à ce qu’il voulait faire, il fit appeler un jouvenceau, lequel était gentilhomme, mais pauvre, et avait nom Perdicon, et lui ayant passé certains anneaux au doigt, sans qu’il se refusât à le faire, il lui fit épouser la Lisa. Séance tenante, le roi, outre les nombreux joyaux et les pierreries que lui et la reine donnèrent à la jeune fille, donna au jeune homme Cefalou et Calatabellotta, deux très bonnes terres d’un excellent revenu, et lui dit : « — Nous te les donnons pour dot de ta femme ; quant à ce que nous voulons faire pour toi, tu le verras advenir avec le temps. » Et cela dit, il se tourna vers la jeune fille, et dit : « — Maintenant, nous voulons prendre ce fruit de votre amour qui nous est dû. — » Et lui ayant pris la tête avec les deux mains, il la baisa au front.

« Perdicon, le père et la mère de Lisa et Lisa elle-même fort satisfaits, firent une grandissime fête et de joyeuses noces. Et selon que beaucoup l’affirment, le roi tint la promesse qu’il avait faite à la jeune fille, en ce que toujours il s’appela son chevalier ; et il n’alla jamais dans une prise d’armes sans porter d’autre bannière que celle que la jeune fille lui avait envoyée. C’est en agissant ainsi que se gagnent les cœurs des sujets, qu’on donne aux autres occasion de bien faire, et qu’on s’acquiert une gloire éternelle. Mais bien peu de gens aujourd’hui, voire pas un, s’ingénient l’esprit à cela, la plupart des seigneurs étant devenus cruels et tyrans. — »



NOUVELLE VIII


Sophronie, se croyant la femme de Gisippe devient celle de Titus-Quintus Fulvius et part avec lui pour Rome, où Gisippe arrive lui-même en pauvre état. Se croyant méprisé par Titus, il s’accuse d’avoir tué un homme, afin de trouver la mort. Titus, l’ayant reconnu, se déclare l’auteur du meurtre pour sauver Gisippe, ce que voyant, le véritable coupable se dénonce lui-même. Sur quoi, tous sont mis en liberté par Octave, et Titus donne sa sœur comme femme à Gisippe et lui fait partager tout son bien.


Pampinea ayant fini de parler, et chaque dame ayant approuvé le roi Pietro, surtout celle qui était gibeline, Philomène, sur l’ordre du roi, commença : « — Magnifiques dames, qui ne sait que les rois peuvent faire toutes sortes de grandes choses quand ils le veulent, et que c’est à eux spécialement qu’on demande de se montrer magnifiques ? Par