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CONCLUSION DE L’AUTEUR

rient trop, les lamentations de Jérémie, la Passion du Sauveur et la pénitence de la Magdeleine les en pourront facilement guérir.

Et qui doute qu’il s’en trouvera encore qui diront que j’ai la langue venimeuse et mauvaise, pour ce que, en certains endroits, j’ai écrit la vérité sur les moines ? À celles qui diront ainsi, il faut pardonner, pour ce qu’il n’est point à croire qu’un autre motif, qu’un motif juste les pousse, attendu que les moines sont de bonnes gens qui fuient la peine pour l’amour de Dieu, meulent par éclusées et ne le disent point ; et n’était que tous sentent un peu le bouc, il serait beaucoup plus agréable d’avoir à faire à eux. J’avoue néanmoins que les choses de ce monde n’ont aucune stabilité, mais sont en perpétuel changement, et qu’il serait possible qu’il en fût ainsi advenu de ma langue, laquelle — ne voulant pas croire moi-même à mon jugement que je récuse autant que possible dans toutes les affaires qui me concernent — une de mes voisines m’a dit naguère que je l’avais la meilleure et la plus douce du monde. Et en vérité, quand cela arriva, il restait peu des susdites nouvelles à écrire. Et pour ce que celles qui parlent ainsi en raisonnent par sympathie, je veux que ce que j’ai dit leur suffise comme réponse.

Maintenant, laissant chacune dire et croire comme bon lui semble, il est temps de mettre fin à mes discours, et de remercier humblement Celui qui, après une aussi longue fatigue, m’a par son aide mené à la fin souhaitée. Et vous, plaisantes dames, demeurez en paix avec sa grâce, vous souvenant de moi, si par hasard il sert à quelqu’une de vous d’avoir lu ces nouvelles.


Ici finit la dixième et dernière Journée du livre appelé Décaméron et surnommé
Prince Galeotto.



FIN