Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/177

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Regretté de Lucile, honoré de ses pleurs
Ah ! j’oublie, ou plutôt je bénis mes malheurs ;
Et je cours…


CHAMPAGNE.

Et je cours…Modérez cette ardeur trop bouillante.
À sa Tante, avant tout, il faut qu’on vous présente,
Décoré, qui plus est, du nom de Médecin.


MONTVAL.

Tu te mocques de moi.


CHAMPAGNE.

Tu te mocques de moi.Non, rien n’est plus certain.
Ce n’est qu’à la faveur de ce nom respectable
Que vous pouvez entrer dans ce fort redoutable,
Et tromper les regards des parens soupçonneux.
Un Amant sans fortune est un monstre pour eux.
Son mérite ne sert qu’à redoubler leur crainte.


MONTVAL.

Je ne puis me résoudre à cette indigne feinte,
Et ma délicatesse…


CHAMPAGNE.

Et ma délicatesse…Oh ! pour la ménager,
Prenez la qualité d’un illustre étranger,
Qui pour son plaisir seul, & par goût pour la France,
Exerce dans Paris cette utile science.
Cela vous donnera, Monsieur, un grand vernis,
Et vous ne pouvez voir Lucile qu’à ce prix.


MONTVAL.

Il faut donc malgré moi vaincre ma répugnance.


CHAMPAGNE.

Préparez-vous, voilà sa Tante qui s’avance.
Lisette la conduit.


MONTVAL.

Lisette la conduit.Je tremble à son aspect.


CHAMPAGNE.

Cachez une frayeur qui vous rendroit suspect.
Prenez d’un Médecin le front inaltérable.