Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/241

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Scène XI.

CLÉON, MONTVAL.



MONTVAL, à part.

Ne ménageons plus rien dans cet instant funeste,
Et risquons tout pour rompre un nœud que je déteste.

(Retenant Cléon qui s’en va.)

Arrêtez, votre état, Monsieur, me fait frémir.
Malgré vous-même enfin je veux vous secourir,
Je puis vous guérir seul du mal qui vous possede.


CLÉON.

L’amour m’en guérira, sans employer votre aide.


MONTVAL.

Gardez-vous de former un lien si fatal ;
Le remede cent fois est pire que le mal.


CLÉON.

C’est l’Amour qui l’ordonne, il sera salutaire.


MONTVAL.

Monsieur, encore un coup l’Amour vous est contraire.


CLÉON

Mais si l’on vous en croit, l’amour n’est jamais bon.


MONTVAL.

Je ne dis pas cela, c’est selon la saison.
Dans la jeunesse, il est, s’il faut ne vous rien taire,
Il est bon, excellent, qui plus est, nécessaire.
De vingt ans jusqu’à trente, il est un agrément,
Et même une vertu quand il est sentiment ;
Mais il ne convient pas que je vous dissimule
Qu’à soixante…


CLÉON.

Qu’à soixante…J’entends ; il est un ridicule.