Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/251

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LES POMMIERS BRETONS




Je n’ai jamais chanté, Bretagne, tes grands chênes,
Tes peupliers si fiers, ni tes gros châtaigniers :
Ma pauvre Lyre a peur des géants de tes plaines
Et garde sa Chanson pour tes humbles pommiers.

Rabougris et noueux comme de petits gnômes,
Mais sûrs de leur noblesse et fiers de leurs aïeux,
Ils semblent les seigneurs des antiques Royaumes
Des Korrigans bossus, des Kernandons cagneux.

Vrais Bretons au cœur large — et trapus des épaules —
Ils bravent pluie et grêle et le grand vent d’Hiver ;
En Avril, tout ainsi que les Druides des Gaules,
Sous leur couronne blanche ils ont vraiment grand air ;

Parfois le gel survient et la récolte est maigre,
Et le cidre est bien dur dans les vieux pots de grès !
Bah ! les gosiers bretons se moquent du cidre aigre :
Vidons les pots, d’abord… nous gémirons après !

Écoutons la Chanson du bon cidre qui mousse !
Écoutons la Chanson du bon cidre doré !
C’est la Chanson du pâtre et la Chanson du mousse,
Le Chant de la grand’Lande et du grand Flot sacré !