Page:Boucher de Perthes - De la misère.djvu/31

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à toutes les nations ; car il en est bien peu qui n’aient elles-mêmes créé leur richesse ou leur misère.

Prenons, maintenant un exemple contraire au lieu de capitalistes, supposons 6 individus qui n’ont rien ; faisons-les partir du même point et laissons-les agir sur un terrain où chacun puisse également développer sa volonté et son industrie ; après quelques années allez à eux : deux seront encore pauvres, deux dans une situation modeste, deux seront riches. Ôtez-leur le tout et laissez-les recommencer, les résultats seront probablement les mêmes le pauvre restera pauvre, la médiocrité redeviendra la médiocrité, celui qui a fait fortune la fera encore ; car, soyez-en certain, le hasard n’est qu’un mot, il n’y a pas plus de hasard que de stérilité dans la nature.

À l’appui de ceci on peut citer aussi des peuplades transplantées qui sont aujourd’hui riches et puissantes sur un sol réputé aride, et dont les premiers habitans étaient morts de langueur et d’inanition. Soyons-en bien convaincus, la misère c’est l’individu, la richesse c’est lui encore ; il n’y a pas de richesse ni de pauvreté de siècle, il n’y a pas de pays pauvre ; si on y est libre on pourra toujours y devenir riche, parce qu’à défaut de terres fertiles les bras restent et avec eux l’industrie et le commerce. Si cela n’était pas, si on n’y pouvait subvenir à ses besoins avec de l’industrie, on n’y resterait pas, car il n’y a que la paresse qui enchaîne à la famine. C’est donc le caractère d’une nation comme celui d’un homme, c’est donc sa volonté qui fait ou défait son aisance.

On pourra répondre ici que si la misère vient d’une volonté, cette volonté peut être imposée, être celle d’autrui, volonté plus forte que la nôtre, et qui nous lie à un travail dont nous ne pouvons pas vivre, ou qui nous empêche de vivre de celui que nous faisons et du sol où nous sommes. L’observation est juste ; aussi le