Page:Boucher de Perthes - De la misère.djvu/70

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monarchique, l’homme qui n’a rien est de fait l’esclave de celui qui a quelque chose ; et moins aura le prolétaire, ou plus la faim sera proche, moins il présentera de garantie à l’ensemble comme au voisin. Là où la grande majorité ne possède point, il n’y a donc pas de liberté ni de bon gouvernement possibles, et par conséquent pas de stabilité, non seulement dans l’administration, mais dans la propriété ou dans l’édifice social dont elle est le principe et la base.

Le peuple qui n’édifie pas, ou en d’autres termes qui ne travaille pas, devient naturellement destructeur, parce qu’il reste dans l’enfance ou qu’il y retombe, si pour un instant il en est sorti. L’enfant brise et ne reconstruit pas. Or, celui qui ne peut rien garder, celui qui vit au hasard, le mendiant, est le peuple enfant et pis que l’enfant, c’est le peuple retombé en enfance ou dont l’intelligence est décrépite.

C’est par le peuple imbécile que se font ces révolutions brutales, sans causes utiles, sans but moral, et dont le pillage est la fin. Si la misère ne les entreprend pas toutes, c’est elle qui, bien qu’elle n’en profite point, les fonctionne et les accomplit. Partout ce sont ceux qui n’ont rien qui sont les instrumens de ceux qui veulent ce qu’ont les autres. Que chacun ait quelque chose, et la majorité au lieu de songer à prendre ne songera qu’à conserver ; sans cette condition de possession et d’avenir, point d’indépendance, pas même de vertu ; non, il n’y en a pas où la grande misère est en présence, je ne dis pas de la grande richesse, mais de son mauvais emploi, parce que la richesse, si elle n’est pas vertueuse, ne laissera rien à la misère, pas même sa moralité.

N’en concluons pas que la pauvreté qu’il ne faut pas confondre avec la misère, soit partout sans vertu ; où tout le monde est pauvre on peut avoir les vertus de la pauvreté ; mais si le développement des facultés, le progrès de l’esprit et du raisonnement est à peu près impossible