Page:Boucher de Perthes - Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse.djvu/11

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demandais : j’ai été du nombre de ceux que, sur cette terre, on nomme les heureux, et pourtant si l’on me proposait de revenir sur mes pas et de recommencer ma vie, je n’accepterais pas. — Pourquoi ? — C’est que l’inconnu n’y serait plus.

J’entre à la Bibliothèque Impériale pour embrasser mon vieil ami, M. Jomard, qui porte lestement ses quatre-vingts ans.

Le soir, je veux aller au concert de Paris, mais l’hôtel d’Osmond, où il se donnait, a disparu. Il en est de même du bel hôtel dont je parlais tout-à-l’heure, l’hôtel Delahante ; on l’a abattu pour en faire une rue allant de la rue Saint-Honoré à celle de Rivoli qui n’existait pas encore et qui est bâtie en partie sur le terrain du défunt hôtel. Depuis cinquante ans, Paris a été remis à neuf ; nos pères ne s’y retrouveraient plus. Paris est aujourd’hui, sans contredit, la plus belle ville du monde, non peut-être par le nombre de ses monuments, car Rome en contient davantage, mais pour l’ensemble, la beauté et l’animation de ses rues et de ses boulevards.

Le 12, en me levant, je m’aperçois qu’il fait beau et que j’ai retrouvé mes jambes. L’idée me vient d’aller faire une promenade au camp de Saint-Maur, près Vincennes. Je descends pour demander une voiture, et je trouve dans la cour un homme décoré de six croix, qui en cherche une de son côté ; mais j’avais parlé avant lui au seul cocher de remise qui se trouvait là : la voiture était donc à moi. Je lui dis où j’allais, et que si la promenade lui plaisait, je lui offrais une place. Il accepta, mais à condition que nous partagerions les frais. Je consentis à mon tour, et deux minutes après