Page:Boucher de Perthes - Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse.djvu/246

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L’homme serait trop à plaindre
S’il se souvenait de tout.
La mère de la science,
Qu’est-ce ? sinon l’ignorance ;
Et si savoir c’est sentir,
Apprendre est donc un plaisir.

Genève, dont la population est aujourd’hui de quarante mille âmes, doit sa richesse à l’industrie. On y compte plus de grandes fortunes que dans des villes plus considérables. Mais un autre titre dont les Genèvois sont très-fiers, et avec raison, c’est le grand nombre d’hommes éminents dans les lettres, les sciences et les arts qu’a produits leur ville, où l’instruction est peut-être plus générale que dans aucune autre.

La science y attire cependant bien moins d’étrangers que sa position, l’une des plus belles de l’Europe. Néanmoins, c’est plutôt une ville de commerce que de plaisir, et avec tout son mérite et son savoir, la société ne passe pas pour y être amusante. Les Genèvois sont renommés pour leur habileté en affaires et leur tact en politique : la haute diplomatie s’y est souvent recrutée. Ils joignent à la finesse italienne la volonté et la ténacité suisses : aussi font-ils souvent fortune.

Mon cicérone me conduit d’abord à la cathédrale dont l’origine est fort ancienne, car on prétend qu’elle est bâtie sur l’emplacement d’un temple romain. Sa construction date du IXe siècle. On y voit, entr’autres tombeaux, celui de Henri duc de Rohan, exilé par Richelieu comme protestant, et tué à Rheinfelden. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur l’art de la guerre, ouvrages estimés de son temps et que l’on consulte encore.