Page:Boucher de Perthes - Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse.djvu/55

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ai souvent et trop souvent entendus, je n’ai jamais pu en apercevoir un seul.

Je vais passer la soirée chez le marquis Pallavicino. Nous causons littérature et des affaires d’Italie, sans oublier Garibaldi qu’il connaît et aime beaucoup, et dont il me dépeint le caractère : c’est la valeur même, c’est aussi un modèle de désintéressement et de probité ; mais si j’en juge bien, c’est un cerveau dans le genre du vaillant roi de Naples, Joachim Murat, et du non moins brave maréchal Ney ; en un mot, Garibaldi, homme de cœur et homme d’épée, comme eux excellent général d’avant-garde, est trop vif pour être grand tacticien, et trop franc, trop loyal pour être bon politique. Quoique plus conséquent qu’eux et plus fidèle à ses principes, on le verra toujours, entre deux partis, prendre le plus aventureux, et préférer pour conseil l’homme hardi à l’homme sage. Je crains qu’ici, pour le repos de l’Italie, il ne veuille aller, non trop loin, car il y a encore là bien des choses à faire, mais trop vite.

Le 6, apparaît au déjeûner une dame de Florence, au teint mat, aux sourcils noirs arqués, qui a dû être d’une beauté ravissante et qui l’est encore. Elle est avec ses filles, fort jeunes, mais non moins belles. Sans faire tort aux Anglaises et aux Françaises, je crois qu’en fait de beauté, il n’y en a pas qui prêtent à la peinture autant que les Italiennes.

Je rencontre au salon M. Gregory, juge à Lons-le-Saulnier, qui me présente à sa femme, parente du maréchal Berthier, et dont j’ai connu la famille. Il est difficile de trouver une femme d’une conversation plus