Page:Boucherville - La tour de Trafalgar, L'Opinion publique, 30 juin 1870.djvu/12

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Léocadie a reconnu l’étranger. Un couteau brille à sa main. Elle se rappelle le soleil de sang, jette un cri, pâlit, et tombe sans connaissance et sans vie aux pieds de son assassin qui l’a frappée au cœur. Joseph s’est élancé sur lui. Il est sans arme, mais il veut venger Léocadie, ou bien expirer avec elle, avec elle qu’il aimait plus que sa vie. Une lutte s’engage violente, l’étranger enlève Joseph dans ses bras nerveux, et le terrasse sous lui. Un genou sur sa poitrine, il le saisit à la gorge. Le malheureux fit de vains efforts pour se débarrasser des serres de fer qui l’étranglaient. Ses yeux roulaient convulsivement dans leurs orbites, ses nerfs se roidissaient et tous ses membres se tordaient affreusement. L’assassin ne lâcha prise qu’après que le râle creux de la mort l’eût assuré que sa vengeance était satisfaite.


VI.

le loquet.


Ayant fini sa lecture, il ploya avec soin ces feuilles à demi-déchirées, et les enferma dans une boîte, d’où il tira une espèce de petit loquet. Approchez, me dit-il ; voici des cheveux de Léocadie. Elle portait ceci à son cou : et ce que vous voyez au revers est de la propre main de Joseph.

On lisait cet acrostiche, au bas d’une miniature de Léocadie :


Le Dieu qu’à Cythère on adore
En tes veux fixa son séjour
Ornés de cils, mouillés encore,
C’est là que repose l’amour.
Ah ! qui peut égaler les charmes,
De ces yeux qu’amour embellit
Iris devant eux rend les armes
Et va se cacher de dépit.


Eh bien, me dit-il ensuite avec un air calme et un ton solennel, vous avez entendu : Rappelez vous de votre promesse.

Je m’éloignai rapidement de cet individu.


George de Boucherville