Page:Bouchette - Emparons-nous de l'industrie, 1901.djvu/37

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Et si cette influence était dépourvue des éléments de justice, comment le travailleur, s’il n’est pas instruit et habile dans son art, pourra-t-il faire valoir ses droits. Il faut donc nous prémunir contre les tendances dominatrices du capital. Il ne faut pas lui donner des droits acquis avant de s’être assuré le moyen de le contrôler, d’en faire en quelque sorte un souverain constitutionnel. Il ne faut pas lui vendre notre héritage pour un plat de lentilles. Il faut dès maintenant assurer la liberté et le bien-être des classes industrielles et l’augmentation de la richesse publique par la généralisation de l’éducation technique. C’est donc maintenant qu’il faut agir.

Il est temps encore d’adopter de sages mesures qui conserveront le capital national en des mains canadiennes qui sauront s’en servir. Ceux qui ont à cœur le bien de leurs concitoyens et le leur ne sauraient donc se mettre trop tôt à l’œuvre. Qu’ils fassent comprendre au peuple qu’il faut s’emparer de l’industrie.

Le principe une fois posé, le reste se résume à la sage rédaction de certaines lois fondamentales — qui, comme toutes les lois de cette nature, ne seront pas parfaites du premier coup, mais devront être modifiées dans leurs détails suivant les indications de l’expérience, — à l’organisation d’un personnel capable de leur donner une exécution efficace, et à la question financière. Les deux premiers points appartiennent surtout au domaine de la législation et de l’administration ; la question financière a besoin d’être examinée.

Tout ce que vous proposez ici : éducation industrielle et technique, recherches scientifiques en permanence, aide financière à certaines industries, cela coûtera sans doute les yeux de la tête, nous dira-t-on. Point du tout. Les dépenses qu’entraîneraient de telles réformes, même en supposant qu’elles seraient énormes, seront toujours insignifiantes, comparativement aux résultats. Mais nous savons que la dépense, toute minime qu’elle pourra être, effraiera toujours. Nous avons chez nous des gens qui sont prêts à dépenser des millions pour les voies ferrées, mais qui, à la moindre dépense pour l’instruction publique, jettent les hauts cris. Pourtant, dans des pays beaucoup plus petits et moins populeux que la province de Québec, l’on dépense des sommes relativement énormes pour l’instruction industrielle et technique. La Suisse, par exemple, est bien plus petite, est bien moins riche et moins peuplée que la province de Québec ; c’est un petit pays de montagnes, sans ressources naturelles spéciales, et pourtant, de 1885 à 1889 (ce sont les chiffres les plus récents à notre disposition) elle dépensait $1,024,974 pour ses écoles industrielles seules, dont $500,000 fournis par le gouvernement et le reste par les communes. Si la Suisse a pu faire cela, la province de Québec peut en faire autant, et le projet que nous esquissons ne suppose certes pas des dépenses plus considérables. L’établissement d’une école scientifique centrale serait la principale dé-