Page:Bouglé - Essais sur le régime des castes.djvu/23

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Si nous consultons l’usage courant, le mot de caste semble éveiller d’abord l’idée d’une spécialisation héréditaire. Le fils du forgeron sera forgeron, comme le fils du guerrier sera guerrier. Pour la répartition des tâches il sera tenu compte, non des vœux exprimés ou des aptitudes manifestées par l’individu, mais seulement de sa filiation. Race et métier sont accouplés. Nul autre que le fils ne peut continuer la profession du père, et le fils ne peut choisir d’autre profession que celle de son père. Les professions sont pour les familles comme autant de monopoles obligatoires ; l’exercice en est pour les enfants non seulement un droit, mais un devoir de naissance. Il faut que cet esprit règne dans une société pour que nous disions qu’elle est soumise au régime des castes.

Mais cela suffit-il ? Il faut en outre, à ce qu’il nous semble, que nous distinguions dans cette société des niveaux, des étages, une hiérarchie. Le mot de caste ne fait pas seulement penser aux travaux héréditairement divisés, mais aux droits inégalement répartis. Qui dit caste ne dit pas seulement monopole, mais privilège. Par le fait de sa naissance, tel individu paie de lourds impôts ; tel autre y est soustrait. Devant la justice celui-ci « vaut » cent sous d’or, celui-là cinquante. L’anneau d’or, la robe rouge ou le cordon jaune que porte l’un sont rigoureusement interdits à l’autre. Leur « statut » personnel est déterminé, pour la vie, par le rang du groupe auquel ils appartiennent. On dira que ces inégalités sont l’œuvre du régime des castes.

Un autre élément nous paraît nécessaire à sa définition. Quand nous déclarons que l’esprit de caste règne dans une société, nous entendons que les différents groupes dont cette société est composée se repoussent au lieu de s’attirer, que chacun d’eux se replie sur lui-même, s’isole, fait effort pour empêcher ses membres de contracter alliance, ou même d’entrer en relation avec les membres des groupes voisins. Un homme refuse systématiquement