Page:Bouglé - Essais sur le régime des castes.djvu/33

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amènent M. Revillout à conclure[1] que les anciens avaient bien vu l’Égypte et que le régime des castes y régnait.

Regardons-y cependant de plus près. La division des tâches ne semble pas avoir été toujours et partout aussi nette qu’on le croyait. Les fonctions sacer­dotales et militaires ne s’excluaient pas. On possède le sarcophage d’un prêtre de la déesse Athor, lequel était, en même temps que prêtre, commandant d’infanterie[2]. La spécialisation n’était donc pas absolue ; le cumul des professions n’était pas interdit. Du moins leur transmission par l’hérédité était-elle vraiment prescrite ? En fait, nous constatons bien que le fils d’un pontife a le plus souvent sa place marquée dans le temple, que le fils d’un scribe entre à son tour dans les bureaux. Mais ces faits, pour nombreux qu’ils soient, s’ils prouvent que « le népotisme est aussi vieux que les pyramides[3] », ne suffisent pas à prouver que la transmission des métiers de père en fils était de droit[4].

On a d’ailleurs la preuve positive que l’homme n’était pas enfermé pour jamais dans la situation de son père. Non seulement, aux temps démotiques, on voit apparaître une sorte de classe bourgeoise[5] dont les membres ne sem­blent astreints à aucune profession particulière, mais encore, dès la haute époque, le nombre des « parvenus » est considérable. Le fameux Amten était fils d’un pauvre scribe. Placé lui-même dans un bureau des subsistances, il devient crieur et taxateur des colons, puis chef des huissiers, maître crieur, directeur de tout le lin du roi ; bientôt placé à la tête d’un village, puis d’une ville, puis d’un nome, il finit par être primat de la Porte occidentale. Il meurt

  1. Op. cit., p. 131, 136, 147.
  2. Cf. Ampère, loc. cit.
  3. C’est l’expression d’Ampère.
  4. Il faut se garder de confondre l’état de fait avec le droit. C’est ainsi que chez beaucoup de peuples qui admettent pourtant, en droit, la polygamie, un grand nombre d’hommes restent de fait monogames, — que ce soit à cause de leur pauvreté ou à cause de la rareté des femmes.
  5. D’après M. Revillout lui-même, op. cit., I, p. 165.