Page:Bouglé - Essais sur le régime des castes.djvu/32

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métier que celui des armes, qu’ils exercent de père en fils[1].

Diodore n’est pas moins explicite. Il rappelle que les terres sont divisées en trois parts : celle des prêtres, celle des rois, celle des soldats[2]. Quant aux ordres [mot grec] inférieurs à ces ordres privilégiés – ceux des pasteurs, des laboureurs et des artisans – ils ne peuvent s’occuper des affaires publiques, ni pratiquer aucun autre métier que le métier traditionnel de leur famille. Et Diodore ne nous présente pas seulement cette spécialisation comme une habitude : elle est, suivant lui, commandée par les lois[3].

Les découvertes modernes confirment-elles les renseignements des anciens ? Cela semble au premier abord indubitable. Le décret trilingue de Rosette montre les terres divisées, comme l’indiquait Hérodote, en terres sacrées, terres militaires et terres royales. D’autres documents, comme le décret de Canope, témoignent des privilèges réservés aux classes sacerdotale et guerrière[4]. D’un autre côté, nombre d’inscriptions prouvent qu’il existait, à tous les étages de la société, de véritables dynasties. On possède les cercueils d’une trentaine de générations de prêtres, attachés au Montou Thébain[5] : ils appartenaient presque tous à deux ou trois familles qui se mariaient entre elles ou prenaient femme chez les prêtres d’Ammon. On connaît une famille d’architectes du roi qui conserva la charge pendant plusieurs siècles, sous toutes les dynasties égyptiennes. On possède, en démotique, tous les contrats et papiers d’une famille de choachytes thébains, depuis le règne de Tabraka (680 avant J.-C.) jusqu’à l’occupation romaine : comme leurs plus lointains ancêtres, les petits-fils sont de pauvres ouvriers. Ce sont des faits de ce genre qui

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