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ainsi que la croisade contre les Albigeois, et qui nomma les premiers inquisiteurs ; il approuva en 1215 l'ordre des Frères prêcheurs, fondé par S. Dominique. Il a laissé des Discours, des Homélies, des Lettres (Cologne, 1552, et Paris, 1682) : ses lettres sont précieuses par les faits historiques qu'elles contiennent. Il est l'auteur du Veni, sancte Spiritus, et passe pour avoir composé le Stabat Mater, qui est revendiqué par les Franciscains (V. JACOPONE). L’Hist. d'Innocent III a été écrite en allem. par M. F. Hurter, et trad. en franç. par St-Chéron et Haiber, et mieux par l'abbé Jager, 1839.

INNOCENT III, anti-pape. V. ALEXANDRE III.

INNOCENT IV, Sinibalde de Fiesque, pape de 1243 à 1254. L'Allemagne et l'Italie étaient alors agitées par les querelles de l'empereur Frédéric II et de l'Église. Frédéric, après avoir fait quelques concessions au nouveau pape, recommença la lutte. Innocent IV, menacé dans sa personne, s'enfuit à Gênes, puis à Lyon, où il tint un concile (1245), qui excommunia Frédéric et le déclara déchu ; le pape fit alors élire à sa place Henri de Thuringe, puis Guillaume de Hollande, et prêcha une croisade contre lui; après la mort de ce prince (1250), il se prononça également contre son fils Conrad. Cependant, à la mort de ce dernier (1254), il protégea le jeune Conradin contre Mainfroi, son oncle. Innocent IV se mêla à d'autres démêlés en Danemark, en Suède, en Russie, en Espagne et en Portugal : partout il montra un caractère ferme et même inflexible. Très-zélé pour la propagation de la foi, il envoya des missionnaires jusqu'en Tartarie.

INNOCENT V, Pierre de Tarentaise, élu pape le 21 janv. 1276, m. le 22 juin suivant. Il était dominicain, et l'un des plus célèbres théologiens de son ordre; il avait succédé à S. Thomas d'Aquin dans la chaire de théologie à l'Université de Paris, avait été fait archevêque de Lyon en 1272, puis cardinal et évêque d'Ostie. Il a laissé des Lettres et des écrits théologiques.

INNOCENT VI, Étienne d'Albert, pape de 1352 à 1362, résidait à Avignon. Il était né dans le Limousin, et avait d'abord professé le droit civil à Toulouse. Il protégea les gens de lettres et fonda à Toulouse le collège St-Martial. Il envoya comme légat en Italie, avec une armée, le cardinal espagnol Albornoz, qui, en quelques années (1353-60), parvint à rétablir l'autorité pontificale dans les États de l'Église; mais il eut peu après à défendre le Comtat contre les Routiers.

INNOCENT VII, Côme de Meliorati, pape de 1404à 1406, né à Sulmone dans l'Abruzze, succéda en 1404 à Boniface IX, lorsque déjà l'anti-pape Benoît XIII était en possession de sa dignité usurpée. Les deux compétiteurs firent de vaines démonstrations de conciliation, mais sans arriver à aucun résultat.

INNOCENT VIII, J. B. Cybo, né à Gênes en 1432, pape de 1484 à 1492, fut élu par l'influence du vice-chancelier Borgia, célèbre depuis sous le nom d'Alexandre VI. Il s'efforça d'exciter le zèle des souverains de l'Europe contre les Turcs, et se fit remettre le jeune prince Zizim, frère et compétiteur de Bajazet (1490), qui après sa défaite s'était réfugié auprès dès Chevaliers de Rhodes. Il excommunia Ferdinand, roi de Naples, qui avait exercé des cruautés contre les sujets du pape, et offrit son royaume à Charles VIII, roi de France. Innocent VIII avait été marié avant d'entrer dans les ordres : un de ses fils épousa une Médicis.

INNOCENT IX, J. A. Facchinetti, de Bologne, succéda à Grégoire XIV en 1591, et mourut deux mois après. Cependant il eut le temps d'alléger les impôts.

INNOCENT X, J. B. Panfili, pape de 1644 à 1655, était né à Rome en 1574. Il dépouilla de ses États le duc de Parme, accusé d'avoir fait assassiner l'évêque de Castro, exila les cardinaux Franç et Ant. Barberini, quoiqu'ils eussent contribué à son élévation, et condamna les cinq propositions de Jansénius (1653).

INNOCENT XI, Benoît Odescalchi, pape de 1676 à 1689, était né à Côme en 1611, et avait d'abord été soldat. Il eut des démêlés avec la France au sujet de la régale, des quatre articles arrêtés par l'assemblée du clergé de France et rédigés par Bossuet en 1682, et du droit de franchise des ambassadeurs français à Rome (V. LAVARDIN). Il condamna les erreurs de Molinos, 1er auteur du Quiétisme (1687). Ce pontife avait un caractère sévère et souvent inflexible; mais il s'efforça de faire renaître la discipline, éloigna des emplois les hommes incapables ou déréglés, rétablit les finances et pourvut aux besoins des pauvres.

INNOCENT XII, Ant. Pignatelli, pape de 1691 à 1700, né à Naples en 1615. Il se montra censeur rigoureux des mœurs, n'appela aux emplois que des hommes dignes et fut le père des pauvres. Il arrangea, après quelques concessions faites par Louis XIV, les différends qui s'étaient élevés entre la France et le St-Siége (1693), termina l'affaire du Quiétisme et condamna l’Explication des Maximes des saints, de Fénelon (1699).

INNOCENT XIII, Mich. Ange Conti, pape de 1721 à 1724, né à Rome en 1655, est le 8e pape de sa famille. Il publia en 1723 la bulle Apostolici ministerii, sur la discipline, et accorda une pension au prince Jacques-Édouard, fils de Jacques II.

INNOCENTS (Fête des). L'Église honore sous le nom de SS. Innocents, le 28 déc., la mémoire de tous les enfants qu'Hérode, roi de Judée, fit mettre à mort l'année où naquit le Sauveur, parce qu'il avait appris qu'il venait de naître un enfant destiné à régner un jour sur la Judée et sur le monde entier. On sait que, malgré cette mesure barbare, Jésus échappa à la mort, ses parents l'ayant emmené en Égypte.

INNSBRÜCK. V. INSPRUCK.

INNTHAL (c-à-d. vallée de l'Inn), région du Tyrol, formait, avant 1853, les deux cercles du Haut et du Bas-Innthal (ch.-l. Immst et Inspruck). Cette vallée a été en 1797, 1805 et 1809 le théâtre de nombreux combats entre les Français et les Tyroliens.

INO, fille de Cadmus et d'Hermione, et femme d'Athamas, roi de Thèbes. Répudiée pour Néphélé, elle fut reprise dans la suite par son époux, et lui donna deux fils, Mélicerte et Léarque. Jalouse des deux fils qu'Athamas avait eus de Néphélé, Phryxus et Hellé, elle décida Athamas à les faire périr. Mais les deux victimes, instruites à temps, s'enfuirent en Colchide sur un bélier à toison d'or. Athamas, dans un accès de folie furieuse, écrasa Léarqua contre un mur. Ino, au désespoir, se jeta dans la mer avec Mélicerte : tous deux furent changés en dieux marins.

INQUISITEURS D’ÉTAT, espèce de tribunal institué à Venise en 1501, à l'avènement du doge Loredano, était composé de 3 magistrats chargés de veiller à la conservation de la république et revêtus d'un pouvoir absolu sur tous les citoyens. Leur autorité affaiblit considérablement celle des doges.

INQUISITION, institution qui avait pour but de rechercher et de punir l'hérésie. On la fait dater de l'an 1204, époque à laquelle Innocent III envoya des missionnaires dans le midi de la France pour y convertir les Albigeois. Pierre de Castelnau et les autres moines de Cîteaux qui l'accompagnaient furent les premiers inquisiteurs de fait ; mais ce n'est que plus tard, en 1229, que l'Inquisition reçut une organisation précise : c'est alors que Grégoire IX l'éleva au rang des tribunaux réguliers. A partir de 1232, les fonctions inquisitoriales furent exclusivement confiées aux Dominicains. Essayée en France, où elle fut organisée en 1255 par Alexandre III, de concert avec S. Louis, l'Inquisition ne put s'y maintenir. C'est en Espagne qu'elle obtint le plus de puissance : elle fut dans ce pays une institution politique autant que religieuse. Introduite en Catalogne en 1232, elle ne tarda pas à se répandre sur toute la Péninsule; elle y poursuivit surtout les Juifs et les Maures relaps. En 1481, sous Ferdinand et Isabelle, l'Inquisition reçut une nouvelle organisation et obtint un nouvel accroissement de pouvoir; elle reçut alors le nom de Saint-Office; on créa un grand inquisiteur général (ce fut le cardinal Torquemada), et on lui adjoignit un conseil, connu sous le nom de la Suprême, et 45 inquisiteurs généraux. Ce nouv. tribunal, établi