Page:Bouillet - Chassang - Dictionnaire universel d'histoire-geo - 1878 - P3 - Q-Z.djvu/136

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palais un immense bûcher où il plaça ses trésors et il s'y jeta lui et ses femmes (759). Du reste, rien de plus incertain que tout ce que l'on raconte de Sardanapale. A près sa mort, l'empire d'Assyrie fut démembré : il se forma 3 nouveaux royaumes : ceux de Médie, de Babylone, de Ninive. Phul, son fils, régna sur le dernier sous le nom de Sardanapale II. V. PHUL.

SARDES, auj. Sart, capit. du roy. de Lydie, sur le Pactole, près de son confluent avec l'Hérmus, dans une plaine délicieuse et fertile, au pied du mont Tmolus. Vainqueur de Crésus, Cyrus prit Sardes en 547 av. J.-C., et mit ainsi fin au roy. de Lydie. Sous les Perses cette ville fut le ch.-l. de la 2e satrapie. Sa richesse, longtemps proverbiale, baissa pendant la période persane, bien que Sardes fût comme le point de contact des Grecs et des Perses, et le centre d'un grand commerce de terre, surtout du commerce d'esclaves. Lors de la révolte de l'Ionie contre la Perse, Sardes fut brûlée par les Athéniens (499). En 262, Eumène, roi de Pergame, battit Antiochus I aux environs de Sardes et s'empara de la ville. Sous les Romains, héritiers des rois de Pergame, elle redevint très-florissante : Florus l'appelle la Seconde Rome. Renversée par un tremblement de terre sous Tibère, elle fut relevée par ce prince ; Adrien l'embellit encore. On y célébrait de 4 en 4 ans des jeux magnifiques. Sardes embrassa de bonne heure le Christianisme : S. Jean y établit un des 1er évêchés. Elle fut détruite par Tamerlan en 1402. On n'y voit plus que des ruines.

SARDES (ÉTATS) ou ROYAUME DE SARDAIGNE, anc. État d'Europe, se composait de 2 parties distinctes, l'île de Sardaigne (V. ci-dessus) et les États de terre-ferme. Ceux-ci, situés au N. de l'Italie, partie à l'E. des Alpes, partie à l'O. de ces montagnes, entre la Suisse au N., la France à l'O., la Vénitie à l'E. et la Méditerranée au S., comprenaient le duché de Savoie, le Piémont, le Montferrat, le comté de Nice, le marquisat de Saluces, le duché de Gênes et une partie de l'anc. Milanais. En y ajoutant la Sardaigne, le tout ensemble montait à 76 268 k. carrés et à 5 000 000 d'hab. environ; capitale, Turin.

En 1860, avant la formation an Royaume d'Italie, les États sardes étaient partagés en 14 divisions, subdivisées elles-mêmes en 50 provinces ou intendances :

Divisions. Provinces. Divisions. Provinces.
Turin. Savone
Turin Pignerol. Savone. Acqui.
Suse. Albenga.
Coni. Nice.
Coni Mondovi. Nice Oneille.
Alba. San-Remo.
Saluces. Annecy.
Novare. Annecy Faucigny.
Lomelline. Chablais.
Novare Pallanza. Chambéry.
Ossola. Chambéry H.-Savoie.
Val-Sesia. Maurienne.
Alexandrie.
Asti. Sardaigne.
Alexandrie. Voghera.
Tortone. Cagliari.
Bobbio. Cagliari Iglesias.
Verceil. Isili.
Verceil Bielle. Oristano.
Casal. Nuoro.
Ivrée Ivrée. Nuoro Cuglieri.
Aoste. Lanusci.
Gênes. Sassari.
Chiavari. Alghero.
Gênes Novi. Sassari Ozieri.
Levante. Tempio.

Les États de terre ferme, sillonnés par les ramifications des Alpes, sont très-montagneux; cependant on trouve au N. E., dans le Piémont, de vastes et riches plaines. Ce pays est arrosé par le Rhône, l'Isère, le Var, et la Magra, affluents de la MéBiterranée ; par le Pô et ses affluents, Tanaro, Stura, Doire-Baltée, Doire-Ripaire, Sesia, Tessin, dont les eaux se rendent à l'Adriatique. Les produits les plus importants du sol sont le riz, le maïs, le froment, les vins, les huiles, les figues, les citrons, les oranges, le miel. On y élève principalement des mulets et des abeilles. Les richesses minérales consistent en fer, argent, plomb, cuivre, soufre, manganèse, cobalt, albâtre, marbres, sel; on y trouve un assez grand nombre de sources minérales, la plupart sulfureuses. L'agriculture, l'industrie, le commerce, les sciences fleurissent dans les anciens États sardes. On y compte 4 universités : Turin, Gênes, Cagliari, Sassiri, et 6 archevêchés : Turin, Gênes, Verceil, Cagliari, Oristano, Sassari. Le gouvernement est une monarchie héréditaire représentative.

Le royaume de Sardaigne a eu pour point de départ le comté de Maurienne, dont les possesseurs, vassaux des rois d'Arles dès 999, devinrent en 1027 comtes de toute la Savoie. Ils y réunirent le comté de Suze, puis Turin (1091), et eurent de plus le vicariat de l'empire en Piémont et en Lombardie. A la mort de Philippe, comte de Savoie (1285), qui ne laissa pas d'enfants, la maison de Sardaigne se trouva partagée en 3 branches, dites de Vaud, de Piémont et de Savoie, qui furent formées par ses 3 neveux. Les deux premières cessèrent de régner en 1359 et en 1418; la 3e, qui eut pour tige Amédée V, avait dans l'intervalle réuni la Bresse, le Bugey, les baronnies de Vaud, de Gex et de Valromey. Amédée VIII, premier duc de Savoie (1416), qui fut quelque temps pape sous le nom de Félix V (1439-1447), y ajouta le Génevois, le Valais et le comté de Nice ; en outre, il hérita en 1418 du Piémont. A sa mort, la Savoie, déchirée par des troubles, tomba sous l'influence de la France. S'étant plus tard déclarée pour Charles-Quint contre François I, elle fut occupée par les Français et resta province française pendant 15 ans (1532-59). La paix de Cateau-Cambrésis lui rendit son duc Emmanuel-Philibert (le vainqueur de St-Quentin). Charles-Emmanuel conquit en 1588 le marquisat de Saluces; mais, par la paix de Lyon (1601), il céda la Bresse et le Bugey à Henri IV. Allié tantôt à la France, tantôt à l'Autriche, Victor-Amédée I obtint de celle-ci en 1708 le Montferrat et quelques districts du Milanais, notamment Alexandrie. En 1714, à la paix de Rastadt, il reçut la Sicile, mais il fut forcé de l'échanger en 1720 contre la Sardaigne. A dater de ce moment, les ducs de Savoie prirent le titre de rois de Sardaigne. L'Autriche céda encore à la Savoie, en 1735, Novare et Tortone, en 1745, Vigevano. Le roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel II, s'étant déclaré pendant la Révolution contre la France, fut en 1798, après la prise de Turin par Joubert, dépouillé de tous ses États de terre ferme, qui furent réunis à la République; il se retira en Sardaigne où il continua de régner ; mais il abdiqua en 1802 en faveur de Victor-Emmanuel, son frère, qui pendant plusieurs années ne régna que sur la Sardaigne. Les événements de 1814 rendirent à Victor-Emmanuel la Savoie et le Piémont ; on y joignit l'ancienne république de Gênes et le comté de Nice. En 1821 eut lieu en Piémont une révolution constitutionnelle à l'imitation de celle de Naples (V. SANTA-ROSA), mais l'Autriche étouffa ce mouvement dans l'année même. En 1848, le roi Ch.-Albert, échappant à l'influence autrichienne, donna à ses États une constitution libérale et seconda de tout son pouvoir l'affranchissement de l'Italie ; mais, trahi à Milan, puis vaincu à Novare, il abdiqua (1849), et alla mourir en Portugal. Son fils, Victor-Emmanuel II, n'en poursuivit pas moins l'accomplissement de son projet. Pour en préparer le succès, il s'allia intimement à la France et à l'Angleterre et prit part avec elles à la guerre d'Orient. Attaqué inopinément par l'Autriche en 1859, il réussit avec le secours de la France à repousser l'agression, aida l'Italie à se délivrer de la domination autrichienne et fut proclamé en 1860 roi d'Italie. V. ITALIE.