Page:Bourdeau - Tolstoï, Lénine et la Révolution russe.djvu/17

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porté à innover, à tenir pour nulles et non avenues toutes les expériences du passé, estimant sans doute, avec Dostoïevsky, qu’un Occident pourri ne pouvait rien donner de bon à la Russie, que la Russie apporterait les formules nouvelles, il créait dans son village et aux alentours l’école modèle, l’école à rebours, l’école sans régie et sans réprimande, ébauche de la société sans chef et sans loi. La classe anarchique se dépeupla bientôt. La police intervint et fouilla dans les papiers du comte. Tolstoï parlera plus tard avec dégoût de sa tentative avortée. 11 semble qu’il ait servi de modèle aux bolchevicks. On lit dans le Livre blanc anglais (p. 89, avril 1919) la description d’une de leurs écoles où toute discipline a été détruite et où les classes « sont simplement comme une fosse aux ours ». A Yasnaïa Poliana régnait l’indiscipline, mais non l’immoralité.

La pédagogie ne cessa de passionner Tolstoï. Il fonda une revue ; ses innombrables écrits populaires seront des œuvres d’enseignement. Ces questions lui tenaient si fort à cœur qu’il faillit se battre en duel avec Tourguénef, à propos de l’éducation d’une fille naturelle russe, qu’il faisait élever, selon la mode occidentale, à Paris. « Ah ! dit Tolstoï, vous faites une expérience in anima vili ! » Jusque dans son extrême vieillesse, il se plaisait à lire aux enfants du village des légendes et des contes.

Dans l’intervalle de ces expériences pédagogiques.