Page:Bourget - La Terre promise, Lemerre.djvu/267

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ajouta, presque à voix basse ; « C’est d’Adèle, c’est de notre fille… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le cri de la mère l’interrompit. Elle s’avançait vers lui d’un mouvement si sauvage, qu’à son tour il recula, malgré lui.

— « Taisez-vous, » lui disait-elle, « taisez-vous. Ne prononcez pas ce nom. Je vous le défends. Ma fille est à moi, à moi seule, entendez-vous ? C’est moi qui l’ai nourrie, c’est moi qui l’ai élevée, c’est moi qu’elle aime… Est-ce qu’elle vous connaît, vous ? Est-ce qu’elle vous a vu seulement, vous ? Est-ce que pendant dix ans vous avez essayé une seule fois de vous rapprocher d’elle, vous ? Qu’est-ce que vous venez faire dans notre vie, maintenant ?… » Et, avec une ironie plus âpre encore : « Vous oubliez ce que vous avez cru, ce que vous croyez encore de moi, ce que vous m’offriez de me pardonner tout à l’heure avec tant de générosité. Quand une femme sort de chez un amant pour courir chez un autre, et quand on le sait comme vous l’avez su, de manière à la jeter là, comme une chose qui dégoûte, sans un regret, sans un remords, est-ce qu’on s’intéresse à l’enfant de cette femme ? On les laisse toutes deux dans la boue, comme vous m’avez écrit de Marseille. Et j’y reste, dans cette boue, mais avec ma fille… »

— « Ah ! » reprit Francis, d’une voix plus basse