Page:Bourget - Le Disciple.djvu/275

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deux grosses mains aux doigts épais. — Celles de Charlotte étaient si fines, aussi fines que son délicat esprit comparé à la vulgarité de Marianne. Ce qui me désespérait, ce qui me serra le cœur aux paroles de cette dernière, ce ne fut ni cette vulgarité, ni ce contraste. Non. Mais fallait-il que j’eusse l’âme malade pour que même cette créature s’en aperçût ? Je réagis cependant contre cette impression, je me moquai de ses hypothèses, et je me forçai à des transports d’un libertinage bestial dont le plus clair résultat fut que je rentrai, au matin, avec un débordement d’amertume. Il me fut impossible de retourner chez la fille, impossible d’aller chez d’autres. Je passai les quelques jours qui me restaient à me promener avec ma mère, qui, me voyant plongé dans une mélancolie profonde, s’en inquiétait et en redoublait la profondeur par ses questions. Ce fut au point que je vis approcher l’instant du retour au château avec un soulagement. Du moins j’allais y vivre parmi mes souvenirs. Un coup terrible m’y attendait, qui me fut porté par le marquis dès mon arrivée.

— « Une bonne nouvelle, » me dit-il, sitôt qu’il me vit. « Charlotte va mieux. Et une autre aussi bonne… Elle se marie… Oui, elle accepte M. de Plane. Mais, c’est vrai, vous ne savez pas : un ami d’André qu’elle avait refusé une fois, et maintenant elle veut bien… » Et il continua,