Page:Bourget - Nouveaux Essais de psychologie contemporaine, 1886.djvu/144

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de ces deux épopées, l’entraîne vers l’autre ; il évoque en imagination la seconde après la première, pour satisfaire d’abord un appétit intellectuel, puis un appétit sentimental. Car de même qu’il lui faut des visions par delà les formules, il lui faut surtout une exaltation interne de la flamme de la vie. Il trouve une volupté à participer quelques minutes au débridement d’instincs sauvages des bêtes de proie, lions et tigres.

Voici ton heure, ô roi de Sennaar, ô chef
Dont le soleil endort le rugissement bref.
Sous la roche concave et pleine d’os qui luisent,
Contre l’âpre granit tes ongles durs s’aiguisent[1].


Il a connu l’ivresse de l’infini libre, avec l’oiseau

Qui dort dans l’air glacé, les ailes toutes grandes[2].


Il a ressenti la sérénité nostalgique des éléphants, ces rois dépossédés de notre globe, et suivi la morne chasse du famélique requin :

Il ne sait que la chair qu’on broie et qu’on dépèce,
Et, toujours absorbé dans son désir sanglant.

  1. Poèmes barbares.
  2. Poèmes barbares.