Page:Bourget - Une idylle tragique, Plon-Nourrit.djvu/215

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une tournée comme celle que nous sommes censés faire, dans des musées et dans des églises, c’est fou ! … Le vieux prince ayant répondu oui à dom Fortunato, pourquoi veux-tu qu’il change d’avis, surtout si l’abbé et lui ont été compagnons de prison en 1859 ? Entre vous autres Italiens, tout ce qui touche au Risorgi-mento est sacré. Tu le sais mieux que moi… Je n’ai qu’une inquiétude, » ajouta-t-elle avec son rire gai, « c’est que ce Fregoso n’ait vendu à quelqu’un de mes compatriotes les plus belles toiles de sa galerie et ses plus beaux marbres. Ils raflent tout, ces corsaires. Leur excuse, c’est qu’ils n’ont pas seulement de l’argent : ils ont du goût et ils s’y connaissent. Croirais-tu qu’à Marionville, au collège, la maîtresse d’archéologie nous enseignait l’histoire de l’art grec avant Phidias avec des photographies de cette collection Fregoso ? … »

— « Eh bien ! » disait de nouveau Florence Marsh à son amie, deux heures plus tard, « avais-je raison ? As-tu rencontré le mud-creek ? »

Le débarquement s’était effectué dans les conditions annoncées. Les Chésy et Dickie Marsh étaient allés de leur côté rendre visite à la flottille des yachts de plaisance amarrés près du môle. Une dépêche de Navagero adressée à sa sœur et reçue à bord, avait annoncé l’arrivée de la Dalila dans les eaux corses. Et maintenant un landau de louage emportait l’amoureuse marquise, en compagnie de Florence elle-même, de Mme de Carlsberg et de Pierre Hautefeuille,