Page:Bourget - Une idylle tragique, Plon-Nourrit.djvu/345

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Elle se l’adressait à elle-même, ce conseil d’héroïsme mondain ; et elle prêchait d’exemple en ce moment, car le valet de pied venait d’ouvrir la porte et d’annoncer : « Monsieur Olivier Du Prat, » et cependant jamais Mme de Chésy n’aurait deviné, à voir Ely si souriante, si dignement accueillante, ce que représentait pour la maîtresse d’Hautefeuille l’entrée du nouveau venu dans ce petit salon, et celui-ci, non moins correct, non moins surveillé que les deux femmes, s’excusait de n’être pas venu leur rendre ses devoirs plus tôt.

— « Vous êtes tout pardonné, » dit Yvonne, qui s’était levée à l’arrivée d’Olivier et qui ne s’était pas rassise. « Vrai, si l’on avait les corvées du monde pendant un voyage de noces, il n’y aurait plus de lune de miel… Prolongez la vôtre ! c’est le conseil de votre ancienne danseuse de cotillon… Et pardon de me sauver si vite, mais Gontran doit venir à ma rencontre sur la route et je ne veux pas le manquer… » Puis, tout bas, embrassant Ely pour lui dire adieu : « Êtes-vous contente de moi ? … »

Et la brave petite femme partit avec un sourire que l’autre eut à peine la force de lui rendre. Subir le premier regard d’Olivier avait été pour Mme de Carlsberg une épreuve trop dure. Elle y avait lu trop distinctement cette brutalité du souvenir physique, si intolérable, pour les femmes, après la rupture, que la plupart préfèrent le scandale d’une brouille officielle au supplice de revoir un