Page:Bourotte - Le Devoir, 1867.djvu/6

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Ils ne sont plus, ces naïfs cœurs de vierges
Qui, murmurant la pieuse oraison,
De l’avenir consultaient l’horizon,
Devant l’autel, au doux reflet des cierges !


Par un vain faste, étonner, éblouir ;
Dans la mollesse, avidement jouir :
Tel est enfin le mal qui nous dévore.
Ah ! quand la foule est dévoyée ainsi,
Quand des vrais biens elle n’a plus souci,
Chanteras-tu son dithyrambe encore ?…


Écoute :
Au vent si nous avons jeté
Notre jeunesse et notre royauté,
Des jours virils déshonorant la sève ;
Il vient un âge où la fête s’éteint ;
Il vient un jour au livide matin ;
Il vient une heure où cesse enfin le rêve…


Nous sommes seuls… le spectre du bonheur
Flotte et grimace en effleurant des tombes…
Les souvenirs, gémissantes colombes,
Pour nid funèbre ont choisi notre cœur.
Notre passé d’ivresse et d’indolence,
Dieu le mesure en sa juste balance,