que Rigaud, & peut-être ne mentirai-je point, si je disois que le Vandyk. J’ai vû ici chez un marchand deux portraits qui sont dignes d’être placés avec distinction dans les plus rares cabinets. Ce grand peintre n’a eu aucune réputation, ou du moins ne s’est-elle étendue que dans sa province, dont il n’étoit jamais sorti.
Ce n’est pas toujours au mérite, mon cher Monceca, qu’on doit attribuer le bruit qu’un homme a fait dans le monde. Le hazard y a souvent beaucoup de part. Combien de génies illustres, de sçavans, d’habiles peintres, de grands sculpteurs, d’excellens architectes, ont été ignorés, faute d’avoir trouvé quelqu’occasion favorable pour montrer à l’Europe entiere leurs connoissances & leurs talens ? Il est tel homme dont on ne parlera jamais, parce qu’il est né à Senès ou Castelane, dont on feroit tous les jours des éloges pompeux, s’il eût eu le bonheur de naître à Londres, à Paris, ou à Amsterdam, & qu’il eût pu se faire connoître.
Je regarde tous les hommes comme des comédiens. Ceux qui habitent dans les villes éloignées des cours, sont des acteurs engagés dans des troupes de campagne. On ignore s’ils sont au monde. On ne peut le sçavoir que