Page:Braddon - Le Secret de lady Audley t2.djvu/197

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Elle se regarda dans la psyché avant de quitter son cabinet. Le repos d’une longue nuit lui avait rendu les roses de son teint et l’éclat naturel de ses yeux bleus. Le feu terrible qui brillait en eux la veille avait disparu, et lady Audley eut un sourire de triomphe en contemplant sa beauté. Le temps n’était plus où ses ennemis auraient pu lui appliquer les fers brûlants de la torture , et détruire les charmes qui avaient fait tant de mal. Maintenant sa beauté lui resterait quand même, nul ne pouvait la lui enlever.

Le soleil brillait faiblement et lady Audley s’enveloppa d’un châle des Indes, châle qui avait coûté cent guinées à sir Michaël. Elle pensait que c’était une bonne précaution d’avoir ce châle avec elle, parce que si on l’emmenait à la hâte, elle aurait du moins sur elle quelque chose de son ancienne splendeur. Qu’on se rappelle les dangers auxquels elle s’était exposée pour avoir une belle maison, de belles toilettes, des voitures, des bijoux, des dentelles, et on ne sera pas étonné qu’au moment de sa défaite, elle ne voulût pas s’en séparer complètement. Si elle avait été Judas Iscariote, elle aurait gardé jusqu’à sa dernière heure les trente pièces d’argent.

M. Robert Audley déjeuna dans la bibliothèque. Il savoura longuement sa tasse de thé et fuma son mierschaum en réfléchissant sur la tâche qu’il s’était imposée.

« J’en appellerai à l’expérience de ce docteur Mosgrave, se dit-il. Les médecins et les avocats sont les confesseurs de ce prosaïque xixe siècle. Il me viendra en aide assurément. »

Le premier train venant de Londres arrivait à Audley à dix heures et demie, et, à onze moins cinq, Richards annonça le docteur Alwyn Mosgrave.

Le médecin de Saville Row était grand, maigre, et âgé de cinquante ans environ. Ses yeux gris pâle