Page:Braddon - Le Secret de lady Audley t2.djvu/196

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dans le même appartement qu’elle, et de laisser la lampe allumée toute la nuit.

Ce n’était pas qu’elle eût peur d’être visitée par des spectres dans le calme de la nuit ; elle était trop complètement égoïste pour ne pas se moquer de tout ce qui ne pouvait lui infliger une douleur réelle, et elle n’avait jamais entendu dire qu’un esprit se fût porté à des violences. Elle avait craint Robert Audley ; mais elle ne le craignait plus maintenant. Il avait achevé son œuvre, et elle savait qu’il n’irait pas plus loin, de peur d’attirer une honte éternelle sur le nom qu’il vénérait.

« Ils me renverront quelque part, je suppose, se dit milady, et c’est tout ce qu’ils peuvent me faire. »

Elle se regarda comme une espèce de prisonnière d’État dont on prendrait soin ; un second masque de fer qu’on enfermerait dans quelque donjon. Elle devint indifférente au sort qui l’attendait. Elle avait vécu autant que cent personnes dans l’espace de quelques jours, et elle ne pouvait plus souffrir, pour quelque temps du moins.

Le lendemain matin, elle prit une tasse de thé et quelques rôties avec autant de calme que le condamné qui fait son dernier repas, pendant que les gardiens le surveillent de peur qu’il n’avale un morceau de l’assiette ou une cuillère, et n’échappe ainsi au bourreau. Elle déjeuna, prit son bain du matin, se parfuma les cheveux et choisit la plus belle toilette de sa garde-robe. Elle regarda l’ameublement luxueux de son cabinet, et soupira en se disant qu’elle allait quitter tout cela ; mais elle n’eut pas un tendre souvenir pour l’homme qui avait orné sa retraite et lui avait prouvé son amour en répandant le luxe autour d’elle. Lady Audley songeait au prix que cela avait coûté, et s’avouait que très-probablement elle ne garderait pas longtemps toutes ces richesses.