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Et du sable et de l’algue écartant les souillures,
Heureuse, elle embrassait toutes ces chevelures.
 

III

LE CHANT DES QUÊTEURS

Pour finir ce récit, mon àme, encor des vers,
Mais éclos dans les blés, près des feuillages verts.

La poitrine en sueur et toute haletante.
Ils sont là, vingt batteurs, sous la chaleur ardente,
Avançant, reculant sans fin, jeunes et vieux :
Sous les feux du soleil le blé s’égrène mieux.
Voyez les lourds fléaux, dans cette noble lutte,
Se lever, retomber douze fois par minute !
L’enfant cherche à montrer sa première vigueur,
Et le vieillard blanchi ce qui lui reste au cœur.
Chez les filles aussi, quel feu ! quelle prestesse !
Les épis sentent bien leur force et leur adresse ;
Puis de longs cris de joie au départ, mais d’abord
Pour se bien délasser on danse à tomber mort.
La ferme est entourée, au couchant, de grands ormes,
Reste des temps passés, et de chênes énormes,
Et d’ajoncs fleurissant l’hiver comme l’été :
Partout c’est le bon air, le travail, la santé ; —
Lorsque des étrangers arrivent de la grève,
Pareils aux spectres blancs qu’on n’aperçoit qu’en rêve
(C’étaient les naufragés, c’étaient les Colombans) ;
Derrière eux s’en venaient des femmes, des enfants.
Le front et les pieds nus, au mur de l’aire à battre
Les pâles naufragés s’avancèrent tous quatre ;