Page:Brontë - Jane Eyre, II.djvu/120

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la chambre. Oh ! enfants, c’était le dernier de la vieille race ; car vous et M. John, vous êtes d’une espèce toute différente ; vous avez beaucoup de rapport avec votre mère ; elle était presque aussi savante que vous. Comme figure, elle ressemblait à Marie ; Diana rappelle plutôt son père. »

Je trouvais que les deux sœurs se ressemblaient tellement, que je ne pouvais pas comprendre la différence faite entre elles deux par la servante, car je vis alors que c’était une servante. Toutes deux étaient blondes et sveltes ; toutes deux avaient des figures intelligentes et distinguées. Il est vrai que les cheveux de l’une étaient un peu plus foncés que ceux de l’autre, et qu’elles ne se coiffaient pas toutes deux de la même manière : les cheveux blonds cendrés de Marie étaient séparés sur le milieu de la tête et retombaient en boucles bien lissées sur les tempes ; les boucles plus brunes de Diana recouvraient tout son cou. L’horloge sonna dix heures.

« Je suis sûre que vous voudriez votre souper, observa Anna ; et M. John aussi le désirera lorsqu’il reviendra. »

Et elle se mit à préparer le repas. Les deux jeunes filles se levèrent et semblèrent vouloir se diriger vers le parloir. Jusque-là j’avais été si occupée à les regarder, leur tenue et leur conversation avaient si vivement excité mon intérêt, que j’avais presque oublié ma triste position ; mais maintenant, je me la rappelais, et, par le contraste, elle me parut encore plus douloureuse et plus désespérée ; et combien il me semblait difficile d’attendrir sur mon sort les habitants de cette maison, de leur persuader même que mes besoins et mes souffrances n’étaient pas un mensonge, d’obtenir d’elles un abri ! Lorsque je m’avançai vers la porte, et que je frappai en tremblant, je compris que cette dernière idée était une véritable chimère. Anna vint m’ouvrir.

« Que voulez-vous ? me demanda-t-elle avec étonnement, en m’examinant à la lueur de sa chandelle.

— Puis-je parler à vos maîtresses ? demandai-je.

— Vous feriez mieux de me dire ce que vous leur voulez. D’où venez-vous ?

— Je suis étrangère.

— Que venez-vous faire ici à cette heure ?

— Je voudrais un abri pour cette nuit dans un hangar, ou ailleurs, et un morceau de pain pour apaiser ma faim. »

Ce que je craignais arriva : la figure d’Anna exprima la défiance.

« Je vous donnerai un morceau de pain, dit-elle après une