Page:Brontë - Jane Eyre, II.djvu/206

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à ses projets de mariage ; je vis bientôt que je m’étais trompée dans mes deux suppositions. Il me parla comme ordinairement, ou du moins comme il me parlait depuis quelque temps, c’est-à-dire avec une politesse scrupuleuse. Sans doute il avait invoqué l’aide de l’Esprit saint pour dompter sa colère, et il croyait m’avoir pardonné encore une fois.

Quand l’heure de la lecture du soir fut venue, il choisit le vingt et unième chapitre de l’Apocalypse. De tout temps, j’avais aimé à lui entendre prononcer les paroles de la Bible ; mais jamais sa belle voix ne me paraissait si douce et si sonore, ni ses manières si imposantes dans leur noble simplicité, que lorsqu’il nous lisait les prophéties de Dieu. Ce soir-là, sa voix prit un timbre encore plus solennel et ses manières une intention plus pénétrante. Il était assis au milieu de nous ; la lune de mai brillait à travers les fenêtres dépouillées de leurs rideaux, et rendait presque inutile la lumière posée sur la table. Saint-John était penché sur sa vieille Bible, et lisait les pages où saint Jean raconte qu’il a vu un nouveau ciel et une nouvelle terre, « que Dieu viendra habiter parmi les hommes, qu’il essuiera toute larme de leurs yeux, qu’il n’y aura plus ni mort, ni deuil, ni cri, ni travail, car ce qui était auparavant sera passé. »

Au moment où il lut le verset suivant, je fus douloureusement frappée ; car je sentis, par une légère altération dans sa voix, que ses yeux s’étaient tournés de mon côté. Voici ce qu’il contenait :

« Celui qui vaincra héritera toutes choses ; je serai son Dieu et il sera mon fils. » Puis Saint-John continua d’une voix lente et claire : « Les timides, les incrédules, etc., leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort. »

Plus tard, je sus laquelle de ces deux destinées Saint-John craignait pour moi.

Il lut ces derniers mots avec un accent de triomphe mêlé d’une ardente inspiration. Il croyait voir déjà son nom écrit dans le livre de vie, et il aspirait vers l’heure qui lui ouvrirait cette cité « où les rois de la terre apportent ce qu’ils ont de plus magnifique et de plus précieux, et qui n’a besoin ni de soleil ni de lune pour l’éclairer ; car la gloire de Dieu l’éclaire, et l’agneau est son flambeau. »

Il déploya toute son énergie dans la prière qui suivit la lecture de la Bible ; son zèle s’éveilla. Il méditait profondément, s’entretenait avec Dieu et semblait se préparer à une victoire. Il demanda la force pour les cœurs faibles, la lumière pour ceux qui s’écartent du troupeau, le retour même à la onzième