Page:Brontë - Jane Eyre, II.djvu/228

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disparaîtrez comme une ombre, et je ne saurai pas où vous irez, et je ne pourrai plus vous retrouver.

— Avez-vous un petit peigne sur vous, monsieur ? demandai-je.

— Pourquoi, Jane ?

— Pour peigner un peu votre crinière noire. Je vous trouve effrayant quand je vous examine de près. Vous dites que je suis une fée ; mais vous, vous ressemblez encore plus à un lutin.

— Suis-je bien laid, Jane ?

— Oui, monsieur, vous l’avez toujours été.

— Hein ?… Ceux avec lesquels vous avez demeuré ne vous ont pas corrigée de votre malice.

— Et pourtant ils étaient bons, cent fois meilleurs que vous ; ils se nourrissaient d’idées dont vous ne vous êtes jamais inquiété. Leurs pensées étaient bien plus raffinées et bien plus élevées que les vôtres.

— Avec qui diable avez-vous été ?

— Si vous remuez ainsi, je vous arracherai tous les cheveux, et alors au moins vous cesserez de douter de mon existence.

— Avec qui avez-vous demeuré, Jane ?

— Je ne vous le dirai pas ce soir, monsieur ; il faudra que vous attendiez jusqu’à demain. Laisser mon histoire inachevée sera pour moi une garantie que je serai appelée à votre table pour la finir. Ah ! il faut me souvenir que je ne dois point apparaître à votre foyer simplement avec un verre d’eau ; il faudra apporter au moins un œuf, sans parler du jambon frit.

— Petite railleuse ! Enfant des fées et des gnomes, j’éprouve près de vous ce que je n’ai pas éprouvé depuis un an. Si Saül vous avait eue en place de David, l’esprit malin aurait été exorcisé sans l’aide de la harpe.

— Maintenant, monsieur, vous voilà bien peigné, et je vais vous quitter ; car j’ai voyagé trois jours, et je suis fatiguée. Bonsoir.

— Encore un mot, Jane. N’y avait-il que des dames dans la maison où vous avez demeuré ? »

Je m’enfuis en riant, et je riais encore en montant l’escalier.

« Une bonne idée, pensai-je ; j’ai là un moyen pour le tirer de sa tristesse, pendant quelque temps du moins. »

Le lendemain de très bonne heure je l’entendis se remuer et se promener d’une chambre dans l’autre. Aussitôt que Marie descendit, il lui dit : « Mlle Eyre est-elle ici ? » Puis il ajouta : « Quelle chambre lui avez-vous donnée ? N’est-elle point humide ?