Page:Bruneau - Musiques d’hier et de demain, 1900.djvu/86

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portent avec eux les triomphes provisoires. Une formule d’art, ou d’apparence d’art, de commode compréhension, est-elle jetée, par surprise, en pâture à la bonne humeur des publics consentants que, vite, aux quatre coins de l’univers, on s’empresse à la recueillir, à l’utiliser, dût-on, pour cela, en rompre le sens qui forcément s’abolit dans ce trajet périlleux d’un pays à un autre, chaque race possédant ses propres moyens d’expression qu’il convient de respecter, sous peine de déchéance. Mais l’ambition du succès prime toutes les sagesses réfléchies. Ce succès, on le croit certain par l’emploi des procédés déjà si heureusement mis en pratique.

À quoi bon, dès lors, courir la chance de perdre aujourd’hui une bataille — que l’on pourrait, il est vrai, regagner demain — en essayant d’imposer à des spectateurs toujours hasardeux des trouvailles, des hardiesses dont on suspecte l’effet foudroyant ? La brusque tentation des victoires instantanées est plus forte que la patiente espérance des conquêtes définitives, et les déceptions viennent parfois de ce que seules résistent à l’action du temps, progressent et s’installent en la popularité glorieuse, les œuvres de bravoure, de lutte, d’invention et de rénovation, sachant garder, en dépit de tout, leur significative essence nationale.