Page:Bruno Destrée - Les Préraphaélites, 1894.djvu/43

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J’avais veillé durant des nuits
Et mon esprit fatigué devint faible et troublé ;
Comme un âpre vin fortifiant il buvait
Le calme et les lumières brisées.

Minuit sonna. Avec les années que l’on entendait
Disparaître à chaque coup de l’heure, ce bruit s’évanouit
Et alors le silence un moment troublé régna de nouveau —
Comme de l’eau qu’un caillou a troublé.

Notre mère se leva de l’endroit où elle était assise.
Ses aiguilles lorsqu’elle les laissa
Se heurtèrent légèrement et sa robe de soie
S’apaisa — nul autre bruit que ceux-là.

« Gloire au Nouveau-Né ! »
Ainsi dit-elle — comme le disaient les anges ;
Nous étions au jour de Noël,
Bien qu’il dût s’écouler longtemps encore jusqu’au matin.

À ce moment même dans la chambre au-dessus de nous
Il y eut des chaises repoussées,
Comme si quelqu’un qui s’était attardé sans y prendre garde,
Entendait maintenant l’heure et se levait.

Avec une hâte anxieuse marchant légèrement,
Notre mère s’en alla où Marguerite gisait,
Craignant que les bruits au-dessus d’elle n’eussent
Brisé son repos longtemps désiré.

Un moment elle s’arrêta, calme, et se tourna vers le lit.
Mais elle se retourna aussitôt en arrière
Et tous ses traits semblaient bouleversés par le malheur
Et ses yeux accablés de douleur regardaient fixement.

Pour moi je cachai seulement mon visage
Et retins mon souffle et je ne dis pas une parole —
Aucune parole ne fut dite, mais j’entendis de
Nouveau le silence pendant quelque temps.

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