Page:Bruno Destrée - Les Préraphaélites, 1894.djvu/63

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

école, dont les œuvres ont selon moi le plus contribué à transformer complètement l’art décoratif anglais et qui lui ont donné cette distinction et cette noblesse qui le fait admirer non seulement du public anglais mais de tous les amateurs d’art à l’étranger.

Parmi ces trois artistes il y a deux peintres poètes, MM. William Morris et Walter Crane, et cet admirable artiste M. Edward Burne-Jones, envers lequel la fortune semble avoir été particulièrement prodigue. Car elle lui a donné, outre les dons qui en font un des premiers peintres de son temps, ce qu’elle accorde rarement aux artistes, la joie de voir la perfection de son art reconnue et admirée de tous, de son vivant, et le bonheur de voir l’influence salutaire que ses œuvres ont eue sur la généralité des œuvres d’art de son pays.

La personnalité de MM. Morris et Crane comme poètes et celle de M. Burne-Jones comme peintre demanderaient des études spéciales : je ne veux les envisager ici tous trois que par rapport à leurs œuvres décoratives, et je commence de suite par M. Burne-Jones.

Jamais selon moi artiste ne fut pareillement doué pour l’art décoratif. Toutes les qualités que ces arts requièrent il les possède, et il les a toutes à un degré supérieur. Je ne crois pas qu’il y ait un artiste moderne qui puisse lui être comparé pour la perfection du dessin ; les nombreuses études de figures, de draperies, d’accessoires qu’il a exécutées pour chacun de ses tableaux sont des modèles du genre et resteront comme sont restées les études des meilleurs maîtres italiens ; bien que s’étant voué exclusivement à la peinture, il a l’imagination la plus poétique, la plus fertile, la plus heureuse que l’on puisse rencontrer ; il a, comme tous les grands artistes de l’art décoratif, l’amour le plus vif, le plus tendre de toutes les choses de la nature ; il en aime les moindres plantes, les moindres fleurs, et il les dessine avec tant de soin, avec tant

59