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CHRONIQUES

rendent plus ses échos mugissants. Le vent vient mourir à leurs pieds ; aucun souffle ne pénètre leurs branches inexorablement enlacées, et qui craquent, et qui tombent ensemble en jonchant le chemin de débris retentissants. L’œil qui cherche l’horizon ne voit rien que les flottantes épaves des nues qui, tantôt s’affaissent jusqu’au ras de terre, tantôt se déploient péniblement dans une atmosphère étouffant de son propre poids : la fumée des maisons ne peut s’élever et tombe en couvrant la ville d’un vaste bandeau qu’aucune brise ne soulève, qu’aucun regard ne peut pénétrer. Cette fumée brûle les jeux, mais tous les tuyaux la vomissent à l’envi ; il a beau faire doux, on se chauffe toujours, d’autant plus que le bois a diminué de prix. Ô sagesse de la nature !

Depuis deux jours le soleil est sans éclat ; il n’a pas un rayon. Un disque siroteux et bistré l’entoure, et la terre ne semble éclairée que par la froide et dure transparence de son linceul de glace ; des lambeaux de crêpes, déchirés et tremblants, pendent du haut des cieux ; on dirait que la nature agonise et que, n’ayant plus même la force de gémir, elle se dissout et s’écoule en torrents silencieux. Dans la clarté éplorée du jour, on croit voir comme les longs cils chargés de pleurs d’un vaste regard qui s’éteint ; la vie, le mouvement ont disparu, la destruction seule est active ; on entend à chaque instant le bruit de son œuvre et l’on se demande s’il restera rien au printemps de la splendeur de nos bois, du macadam des chemins et des toits des maisons.

Dans l’avenue Ste. Foy, tous les arbres chargés d’arôme et de feuillage qui, durant l’été, arrondissent au-dessus de la route leur dôme parfumé, et versent sur le passant les