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VOYAGES

retenait quand même, et que mes lèvres ne peuvent désapprendre, et puis......... je ne sais, je ne me rappelle pas...... un bourdonnement subit emplit mes oreilles et la nuit tomba sur mes yeux. Mon corps épuisé et mon cœur brisé succombaient : quand je revins à la vie, lentement, il me sembla que tout oscillait autour de moi, je me sentais porté comme sur un navire flottant ; puis quand j’eus recouvré tout-à-fait connaissance, je me trouvai étendu sur le parquet de ma chambre avec des filets de sang déjà caillé le long de mes joues. Je regardai avec peine ma montre ; il était deux heures. J’avais froid, un tremblement convulsif m’agitait des pieds à la tête et mon cœur battait à me sortir de la poitrine. J’étais pris d’une attaque formidable de la maladie qui m’avait inspiré à son début de si mortelles angoisses, et qui revenait subitement avec une violence rendue terrible par tant d’émotions répétées.

Ah ! quelle nuit affreuse ! Pendant deux heures je sentis les soulèvements répétés et violents de ma poitrine, que rien ne pouvait calmer ; je crus que j’allais mourir, mourir là, seul, loin de tous les miens, sans un ami pour entendre ma dernière parole !

Alors, je pris rapidement une feuille de papier et j’écrivis quelques mots ; mais ma main tremblante ne pouvait tenir la plume ; j’essayai de me mettre au lit, et l’instant d’après je me relevai ; aucune posture ne m’était supportable. Enfin vers le jour seulement, brisé, anéanti, je m’assoupis sur une chaise et trouvai quelques heures de sommeil. Quand je m’éveillai, la matinée était déjà avancée ; le soleil glissait de longues franges d’or sur les murs de l’hôtel et tombait comme une pluie sur les toits scintillants. La ville était