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VOYAGES

pleine de murmures et semblait me convier à la fête éternelle de l’activité humaine. Je m’habillai à la hâte et je sortis.

Toute la journée du dimanche, je la passai à battre la ville ; chemin faisant, à droite et à gauche, et dans un café français que je venais d’adopter, je pris des renseignements.

J’avais cinq à six lettres de recommandation extrêmement flatteuses et qui m’eûssent beaucoup servi, je n’en doute pas, mais déjà je commençais à ne plus me soucier de leur utilité.

Quand j’étais parti du Canada, je m’étais dit machinalement, et comme pour avoir une raison, que je tirerais au moins le plus grand parti possible de mon voyage et que je me caserais aisément au Courrier de San-Francisco, un journal qui a fait gagner quelques centaines de mille dollars à son propriétaire. Mais maintenant, une fois arrivé, après vingt heures à peine passées dans cette ville étrangère, sans un ami, sans même un compagnon de circonstance, j’en avais déjà horreur ; j’essayai toutefois pour la forme, et sans la moindre intention d’en tirer parti, de présenter mes lettres de recommandation.

Après trois jours de démarches, d’allées et venues de toute sorte, j’en étais arrivé à découvrir que sur cinq personnes à qui je devais m’adresser, deux demeuraient bien loin de San-Francisco, une troisième voyageait dans le Pérou et les deux autres étaient en tournée dans l’intérieur du pays.