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VOYAGES


J’étais parti le désespoir dans l’âme, je revenais presque victorieux de moi-même : l’amertume de mes regrets se changeait rapidement en un mélancolique retour vers les choses du passé, qui n’abandonne pas un instant mon esprit, mais qui ne le tourmente plus, qui touche mon cœur, mais sans le déchirer, qui me donne une paix de jour en jour plus profonde, si ce n’est l’oubli qui est au-dessus de tous les efforts, et que je ne cherche pas d’ailleurs, parce qu’il n’est pas autre chose que le tombeau de l’âme ou le vide dans la vie. Enfin je revenais transformé, tout prêt à commencer une existence nouvelle, et plus digne peut-être cette fois d’en atteindre l’objet.

Mes amis que je craignais tant d’abord de revoir et dont je voulais à tout prix éviter les rires, vinrent tous au-devant de moi comme s’ils ne m’avaient pas vu depuis longtemps déjà et comme si j’étais réellement un ressuscité. Mais, au milieu des joies et des transports du retour, j’avais toujours devant moi l’image de Québec, ce cher vieux Québec, dont j’ai tant ri et que j’aime tant, ce bon petit nid qu’on ne quitte jamais tout entier et que l’on retrouve toujours intact au retour.

Seulement cinq semaines après je pus y revenir, et de suite j’allai faire une longue marche sur le chemin de Ste. Foye, cette avenue incomparable où tant de soirs j’avais été promener mes rêves et mes plus douces illusions. Là, je rassemblai tous mes souvenirs, et des larmes chaudes comme celles des premiers âges de la vie, des larmes d’une