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CONFÉRENCES.

être des peuples modernes. Où sont nos écoles spéciales pour former des hommes de l’art spéciaux ? Où sont les grandes entreprises publiques pour lesquelles nous n’ayons pas été obligés d’aller quérir à l’étranger des ingénieurs et jusqu’à des hommes de métier ? Nous avons vécu de songes, de refrains vieillis depuis plus d’un demi-siècle : nous nous sommes contemplés dans notre immobilité béate et souriante encore au sein de son isolement ; nous nous sommes laissés faire par la destinée toujours débonnaire aux peuples qui ne cherchent pas à forcer ses secrets, et nous avons tissé en baillant la trame monotone, de notre existence assoupie, pendant que tout autour de nous retentissait le vacarme glorieux du monde en travail.

Mais aujourd’hui la « Claire Fontaine, » « Roulis, roulant, ma boule roulant » et « Vive la Canadienne, » tous ces refrains charmants et aimés, dont la fraîcheur est éternelle et qui dérident la vieillesse, ne suffisent plus, hélas ! Nous entrons dans l’âge de fer, et nous y entrons brusquement, à pieds joints ; nous ne pouvons être exempts de la grande loi du travail, imposée à tous les peuples et surtout aux jeunes ; nous voici devenus hommes, arrivant rapidement à l’heure de la majorité ; il faut en être dignes et par conséquent s’y préparer d’avance. Si jamais le destin nous appelle à former partie d’une grande nation, n’y arrivons pas comme des bambins qui n’ont pas encore appris leurs lettres ; ou, si nous devons vivre de notre vie propre, que cette vie soit mâle et pleine de clartés au lieu d’être noyée d’ombre ; pour être nous-mêmes et rester tels, il faudra que, pour le moins, nous soyons autant que les autres.